Migrer vers l'ailleurs : le départ en fanfare

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Malgré l'effort de visualisation de sa surface, Europa Report, quelle daube ! ;(  Qui peut imaginer qu'on envoie une telle mission face à un tel satellite ? (et qu'on se retrouve en effet avec ce final pitoyable).




C'est comme le Mars de National Geographic (d'abord ode à SpaceX), qui se pollue de considérations psychologiques, noyant bien comme il faut ses autres enjeux passionnants (la robotisation généralisée et donc le nouveau modèle économique, les bases caverneuses, l'exploitation de la rouille...), voire même sa pédagogie (on en ressort en se questionnant sur l'utilité des Etats face aux multinationales, des ingénieurs qui envoient du monde sans dépôt de fret préalable, des psychologues qui sélectionnent au CV, du pingre qui a rempli les réservoirs ou n'a pas doublonné l'équipe, de l'écologue mandaté pour ne créer qu'un hydroponique de poche, de l'architecte qui laisse des sorties de secours...).




 




Amha, on a dans ces deux exemples de films (hélas, il y en a bien d'autres) un prisme télévisuel qui impose d'abord ses contraintes au sujet : des budgets 3D limités aux paysages (décors de vaisseaux et bases laissent toujours une place folle à l'équipe de tournage), le moins de personnages possibles pour que le public ne s'y perde pas (donc des missions, forcément humaines, à équipe squelettiques), l'obligation du toucher (là où un pilotage d'orbite de robots prenant les risques est évidemment la marche à suivre), l'incarnation (les individus décrits ont forcément des tas de problèmes d'ego)...




 



Citation :
Il y a 11 heures, Egill a dit :




Quand tu vois The expanse, tu te dis que ça va pas forcémment être sympa pour les gars qui vont aller exploiter tout ça.




 




Même dans The Expanse, qui s'attache à contrer une partie de ces suspenseurs de crédibilité (mais qui pilote encore des vaisseaux à la tablette tactile, même en gravité violente et azimutée ;), le postulat économique sert, crée, d'abord l'antagonisme nécessaire au roman (une Terre de chômeurs, une Ceinture d'esclaves, une Mars du dilemme entre militarisation et terraformation). Un postulat politique qui réduit simplement les factions à 3 personnages, avec nos 4 héros au milieu (alors que Mars peut très bien se composer politiquement comme les cités grecques antiques, que la Terre peut encore avoir nations et n'a pas besoin d'être au chômage pour exploiter/craindre la dépendance/concurrence ceinturienne etc.). Simplification romanesque, et souci de ses ressorts (distances gommées, système fiscal oppressif, Thénardiers sur chaque planétoïde habité, mineurs auto-entrepreneurs qui défient les douanes...). Il faut vraiment s'en méfier lorsqu'on en extrait un documentaire.




 




NB : j'adore cependant l'adaptation TV du roman (dont rythme et intrigue m'embarquent assez pour oublier leur entertainment), mais elle comme lui balbutient encore sur bien des fondamentaux (la gestion des casques de combi (qui disparaissent de tant de plans), les scaphandres de combat (résumés à la Stark Industry), la pesanteur de poussée (quelle que soit cette dernière, même si le combat de l'Agatha King la réinstaure), le contrôle des armes (à l'américaine), l'absence complète de robots... Le bidonville de Cérès qui fait d'abord le fan-service de Total Recall et Babylon V... La SF y gagne en étape, mais la crédibilité reste suspendue à peu de choses (le bouquin est moins apre, notamment sur les aspérités juridiques de l'Expansion ;)




 




The Expanse extrapole une économie de dépendance à tout le système solaire : vaut-il mieux être chômeur sur Terre, dépendant mais peu regardant des ressources d'ailleurs, qu'actif au-delà ? 




ça rappelle quand même, d'abord, certains discours colonialistes et post-colonialistes sur la "paresse intrinsèque" de l'Afrique, du tiers-monde, le cynisme présidant à la propriété et au partage des matières premières, le modèle univoque de la suprématie militaire (alors qu'une mandarine IEM à deux balles peut faire sombrer dans la seconde n'importe quel vaisseau spatial. Fred sur Tycho n'a pas besoin d'ogives nucléaires pour casser de l'UN ou du martien).




 



Citation :
Il y a 19 heures, steve a dit :




On veut surtout aller sur Mars parce que c'est la plus proche, et puis les conditions climatiques sont simple. Je me demande même si il y a moyen "d’atterrir" sur Jupiter? Grâce à des ballons? Pour Venus, il me semble qu'il y fait chaud, très chaud.




 




Les lunes joviennes ont de nombreux attraits, Jupiter a celui de réservoir (mais également de poubelle, de planque alien dans Jupiter Ascending ou de soleil de rechange dans 2001-2010 d'Arhur C. Clarke ;)   IRL, sa gravité de concasseur est un vrai défi (mais la certitude de ne rien voir dans ses gaz doit aussi bloquer le financement de ces suicides ;)




 




Oui, Venus c'est un four (461°c), d'autant plus qu'elle n'a pas de magnétisme la préservant des rayonnements solaires. Le temps y est lent (une nuit y dure 116 jours terrestres) et sa surface est constellée de volcans géologiquement assez jeunes.




0,03% d'oxygène dans l'atmosphère, pour 97% de dioxyde de carbone (qui pourra donc y être miné), cachés par des nuages d'acide sulfurique jusqu'à 70 km d'altitude. Les soviétiques se sont échinés à explorer Vénus (13 missions entre 1961 et 85). A l'époque, on pensait cette atmosphère couvrant la jumelle en taille de la Terre, située dans la zone d'habitabilité, engendrée par un ou des océans. Les premières sondes Venera étaient même équipées de bouée mais ce ne sont que les deux dernières, en titane (la pression atmosphérique est 92 fois celle de la Terre, une vraie crêperie ;) qui sont parvenues à s'y poser. Depuis, les amerloques ont recyclé un Mars Pioneer et un satellite telecom pour radar du relief, mais c'est l'ESA qui dispose d'un orbiteur (de cartographie géologique et atmosphérique), lui-aussi dupliqué du ESA Mars Express, depuis 2006. Les nippons ont renforcé ce marqueur territorial terrien en 2010 avec Akatsuki, qui rata son insertion et fut finalement mis en orbite en 2015. Les russes devraient retourner sur Vénus en 2024.




 




La colonisation de Mars repose encore sur l'idée qu'on peut s'y implanter comme on créerait une base au fond d'un de nos océans (là où, à distance des fosses hydrothermales, le désert stérile y est comparable), c'est un défi d'abord technique, puis d'assurance avec ce rêve à long terme d'une terraformation possible vu l'eau indigène soupçonnée.




En termes marketing, c'est une nouvelle frontière bien moins bousculante pour l'esprit que Titan ou Europe, facilement accessible dès qu'on la considère comme "accessoire" : son ciel ouvert, et ensoleillé, importe finalement plus que la nature de sa surface, puisqu'on ne peut y vivre qu'enfermé. Par contre, la gravité martienne est hospitalière (bien plus que celle de la Lune), ce qui est primordial dès qu'on y projette sa vie quotidienne (faire caca, dormir, prendre une douche, élever des enfants...).




 



Citation :
Il y a 17 heures, FAM a dit :




je conseille l'excellente trilogie "Mars" de KS Robinson qui est passionnante, et étudie aussi bien les élements scientifiques que geopolitiques et financiers, sans oublier les "alter solaristes" (fier de ce néologisme [img]<fileStore.core_Emoticons>/emoticons/default_laugh.png[/img]).




 




Un pensum intéressant, en effet, notamment les Rouge et Bleue (même s'il se perd lui-aussi dans l'inévitable antagonisme d'abord propre à l'indépendance américaine). Au moins illustre-t-il clairement la nécessité des ascenseurs orbitaux.


(Modification du message : 26-05-2018, 10:08 par KDJE.)

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Migrer vers l'ailleurs : le départ en fanfare - par KDJE - 26-05-2018, 09:27