J’ai peur de rester enfermé dans mon corps, mon esprit déambulant dans le couloir d’accès au pont inférieur.
Aucun bruit ne vient pertuber ma marche. Le silence est lourd et seul le rythme de mes pas perturbe la tombe où je me trouve.
J’appelle tombe, le vaisseau où je suis embarqué car j’ai l’impréssion d’être enfermé dans un cocon hermétique, où même le plus puissant de mes cris ne parviendra jamais à une oreille bienfaisante. J’ai beau taper sur les cloisons, aucune réponse n’est à espérer.
Seule la mort peut m’entendre.
L’éclairage se fait par intermittance, et curieusement aucun crépitement n’annonce la pâle lumière ou les ténèbres.
Il n’y a pas d’ombres non plus. L’obscurité avale tout.
J’ai l’impression de dériver dans un cargo fantôme où le temps c’est figé.
Mais je ne suis pas seul. Quelque chose est là. Invisible. Menaçant. Je suis épié. J’accélère le pas.
Je prends un détour pour rejoindre un endroit où la vie est présente. Je regarde derrière moi. Rien.
De la sueur coule le long de mon échine. Je vois la fin du chemin de traverse. Je cours.
J’ouvre le sas de la zone d’embarquement et le vérouille aussitôt. Le regard n’est plus sur moi.
Je reprends mon souffle en scrutant les recoins sombres. Aucun mouvement ne trahi une quelconque présence. D’ailleurs tout n’est que vide, aucun technicien, aucun bruit de machines.
Suis-je mort ? Mon cœur bat, tambourinne à mes oreilles. Je suis vivant. Je remets de l’ordre dans mes pensées.
Le champ électromagnétique de la soute a t’il cédé, aspirant tout dans l’espace ? Dans ce cas les entrées auraient été scéllées et je ne serais pas ici.
Des pillards ? L’Atlantis ne tranporte rien de valeur. Je le sais.
Une impréssion fugace de danger me ramène à ma préocupation première. Rejoindre un abri sûr.
Je ramasse une clé hydrostatique. Maigre défense. Il faut que je trouve une arme ou quelqu’un.
Revenir sur mes pas est exclu. Il faut que j’aille au poste de commande.
Je me précipite en bas de la zone d’appontage. L’élévateur est là. Sa chiche lumière est comme un rayon de soleil. Je me laisse guider par ce phare.
Je me jete à l’intérieur et je descends la grille.
Me voilà en sécurité.
Aucun recoin, aucune cachette, aucun danger.
J’attends avec impatience que les cloisons se referment, pour annoncer que je quitte cet endroit.
Je jette un œil au sas au loin, une dernière fois, pour vérifier qu’il est toujours fermé.
L’obscurité l’a déjà englouti.
Il ne reste que les ombres.
Les ombres.
Je les voie.
Les ombres.
Elles bougent….
