L’alarme retentissait à mes oreilles. Ils ont découvert ma fuite. Pourquoi maintenant ?
Elle m’avait promis que tout se passerait bien.
Je ne peux lui en vouloir. Elle m’a au moins rendu l’espoir. Je n’étais plus seul.
Elle aussi savait.
A gauche.
Non à droite.
J’y suis presque.
Pourvu que ça marche.
Je ne veux pas être là quand les ombres arriveront. Je ne veux pas les revoir. Je ne veux pas y retourner. Je ne reviendrais jamais en arrière. Plutôt mourir que de subir à nouveau la chaise et mes souvenirs.
J’y suis presque.
Personne pour me barrer la route. J’ai encore une chance de fuir. Pourvu que les sas d’accès restent fermés. Pourvu que personne ne m’enchaîne à nouveau.
Je préfère encore le suicide.
Je ne veux pas les revoir. Je ne veux plus être forcé à contempler la mort. Pourquoi moi ? Pourquoi est-ce moi qui est survécu ?
J’ai essayé de les prévenir pourtant.
Ils m’ont pris pour un fou.
Fuir. Fuir assez loin. Ne plus penser à mon passé. Oublier. Je retrouverai peut être la paix. Peut être que je ne verrai plus rien des horreurs que j’ai vécues. L’oubli. Je donnerai tout pour m’y perdre.
Encore une coursive et je verrai mon salut.
Plus qu’une.
J’y suis presque.
Seul mes pas résonnent. Les gardes ne m’ont pas encore trouvé.
Il ne m’a pas encore trouvé.
Le sas.
Je le voie.
Mon salut.
Accessible.
Derrière ce sas, elle m’attend. On pourra quitter cette galaxie. Revivre.
Le sas. Il est comme tous les autres. Et pourtant il me fait peur.
S’il ne s’ouvrait pas ? La sécurité est enclenchée. Le code. Pourvu qu’ils n’aient pas changé le code. Arrête de trembler. Compose ce fichu code.
J’y suis presque.
Des jets de vapeurs. Des crépitements. Des sons tant espérés.
Le sas s’ouvre.
J’y suis presque.
La zone de décollage. Personne. Elle a réussi.
Où est-elle ?
Dans la navette. Elle doit m’attendre. Le champ électromagnétique crépite. Cela veut dire que les portes donnant vers l’espace sont ouvertes.
Je perds quelques instants à contempler les étoiles. Après des jours et des jours dans une salle sombre, avec pour seule compagnie mes cauchemards, c’est la plus belle chose que je vois. Une nébuleuse. Débauche de couleurs et de formes. Vision de liberté.
Des bruits de pas. Ils m’ont retrouvé.
Il m’a retrouvé.
Fermer ce sas et le vérouiller. C’est le seul moyen.
J’ai l’impréssion de vivre hors du temps. Regardant tout autour de moi se dérouler, plus vite toujours plus vite. N’ayant jamais le temps de stopper ce cycle. Mes doigts parcourent le panneau au ralenti.
Est-ce la peur qui produit cet effet ?
Non, je connais la peur. Figeante. Faisant perdre tous mes moyens. Là, c’est autre chose. La gravité change.
Je fermerais ce sas.
Des crépitements et de la vapeur.
Après ce que j’ai vécu, ces bruits sont une délivrance.
Je me souviens du silence. Le silence a disparu. Je revis.
Je n’ai plus qu’à le verrouiller.
A côté de moi je l’aperçois. Une clé hydraulique.
Je souris.
Maigre défense.
Elle m’a pourtant sauvé, une fois.
J’entends les pas se rapprocher. Toujours plus près.
Ils n’arriveront jamais à temps.
J’explose le boîtier de commande. Le temps que la porte soit défoncée, je serais loin.
Ou mort.
Dans tous les cas, j’espère être libéré de ma hantise.
Je cours vers la navette. Elle doit m’attendre à l’intérieur. Préparant le décollage. J’espère qu’elle a eu le temps de désactiver les défenses et la propulsion du Purgator.
Je connais ce nom, grâce à elle. J’ai pu mettre un nom sur ma prison et la vouer aux hégémonies.
J’y suis presque.
Le tarmac défile au ralenti sous mes pas. Je suis proche de mon but. La porte n’est plus qu’à quelques enjambés.
J’y suis presque.
La commande d’ouverture est là. Je repense à une scène du passé identique. Le destin est bien étrange et cruel. M’apportant l’espoir pour me l’enlever ensuite.
Je ne serais pas repris. Pas vivant en tout cas.
J’y suis presque.
Je pénètre à l’intérieur. Elle doit m’attendre aux commandes. J’attends que la porte se referme.
J’y suis arrivé.
Mon cœur bas la chamade.
J’y suis arrivée.
Il faut que je la voie. Je monte rapidement jusqu’au cocpit.
La chaise du pilote.
Enfin.
Je l’appelle.
Vide.
Le cocpit est vide.
Elle n’est pas là.
Encore une fois le destin m’a repris l’espoir.
- La mort serait une liberté n’est-ce pas ?
Cette voix.
C’est lui.
On dit que la vie mérite d’être vécu.
J’attends la mort depuis longtemps. Je ne veux pas me souvenir. Mais cette voix, me replonge dans mon passé.
Je me souviens de cette voix.
C’est elle qui me force à voir.
- Je te garderais en vie, et chaque jour tu revivras tes cauchemards. Encore et encore. Je ne laisserais de toi qu’une coquille vide, à jamais prostré dans ses visions.
