Je n’ai jamais essayé de lutter contre les visions dictées par mon inconscient. Elles ont toujours dirigé ma vie. Elles ne m’ont jamais trahi et elles m’ont toujours accompagné depuis aussi longtemps que je me souvienne.
Les premières années de mon éducation à l’Officium Dogma Veritas, je n’ai jamais vu le soleil. Je n’ai connu que la salle sombre où mon précepteur venait me rendre visite. Les longues journées d’apprentissage m’ont fait apprécier la douleur pour ce qu’elle était. Une purification du corps et de l’esprit.
Cette lente préparation, ayant pour but de purger tout mon être des pensées impures. Il m’a fait ressentir toutes les parties de mon corps et oublier un passé inutile. Seul devait compter l’Empereur. Toutes déviations étant sévèrement punies.
Mon esprit a longtemps résisté, mais la lumière de notre Seigneur a finit par rejaillir sur moi et a calmé mes souffrances. Mon sang avait un goût âcre et une odeur forte. Il remplissait ma chambre de sa chaleur. Mes pêchés disparaissaient pour ne laisser qu’une indéflectible loyauté envers notre bienfaiteur.
Lorsque arrivait le jour, ou était-ce la nuit, de la visite de mon précepteur la peur m’envahissait et pourtant je savais qu’ensuite je serais bercée par ma foi. Lors de mes pertes de connaissances, une douce voix me réconfortait et m’appaisait. Elle m’aidait à soutenir l’horrible réalité. Même dans les moments les plus difficles, elle etait là. Elle ne m’a jamais abandonnée, et je ne l’abandonnerai jamais.
Je savais que cette voix faisait partie de l’endoctrinement, mais ses mots touchaient mon coeur, le protégeaient de l’affliction. Elle couvrait, le temps interminable que je passais à crier et brisait ma solitude. Durant les rares moments où j’étais authorisée à dormir, la voix continuait sans repos, mais j’étais déjà parti de ce lieu de souffrance, là où je revivais, dans mes songes.
De douces visions m’apparaissaient. Mon inconscient revivait la vie d’une autre personne. Ses émotions passaient à travers moi. Les miennes disparaissant pour se fondre dans mes rêves, où elles seraient préservées. Là où les tendres paroles, m’aidaient à soutenir la douleur, mes visions m’ont permis de protéger ma conscience. Toutes mes émotions, mes sentiments, toute ma morale je les ai cachés au plus profond de mon être, où personne ne pourra jamais les dénaturer.
Me vidant de tout ce qui pour moi définissait l’être humain, je suis devenue une coquille vide. J’offrais ce néant aux souffrances. On ne peut détruire ce qui n’existe plus. Mon entraînement continua encore quelque temps, mais j’étais enfin ce pour quoi mon précepteur m’avait façonné. J’étais numéro 128. Page vierge, prête à être écrite comme il le jugera bon.
A partir de ce moment, je ne subie plus aucun sévisse. Et je fu libérée de mes chaînes. Libre de quitter ce qui a été ma chambre durant des années. Une liberté toute relative, car je n’avais accès qu’à une seule pièce. Après un long couloir tortueux j’arrivais dans une pièce hexagonale, baignant dans la lumière où trônait la voix.
Autel dédié à l’Empereur, je me sentis revivre. Là où je ne connaissais que ténèbres, la lumière réchauffait mon corps. Là où tout n’était que souffrance, ici douceur et sérénité reignait. Là où seule la peur me rendait visite, j’aperçus d’autres discipiles qui m’apportait réconfort. On avait tous la même expression sur le visage. Découvrant la vie pour la première fois.
Je me recueillais avec d’autres pupilles, pour célébrer les louanges de notre Dieu. Chaque jour, on se retrouvait, heureux de quitter notre noir passé pour célébrer celui qui nous guidera vers un avenir meilleur. La voix continuait de nous apprendre ce qui était juste. Tout ce qui s’opposait à ce futur, devait être détruit.
