Evasion

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L’alarme retentissait à mes oreilles. Ils ont découvert ma fuite. Pourquoi maintenant ?

Elle m’avait promis que tout se passerait bien.

Je ne peux lui en vouloir. Elle m’a au moins rendu l’espoir. Je n’étais plus seul.

Elle aussi savait.

A gauche.

Non à droite.

J’y suis presque.

Pourvu que ça marche.

Je ne veux pas être là quand les ombres arriveront. Je ne veux pas les revoir. Je ne veux pas y retourner. Je ne reviendrais jamais en arrière. Plutôt mourir que de subir à nouveau la chaise et mes souvenirs.

J’y suis presque.

Personne pour me barrer la route. J’ai encore une chance de fuir. Pourvu que les sas d’accès restent fermés. Pourvu que personne ne m’enchaîne à nouveau.

Je préfère encore le suicide.

Je ne veux pas les revoir. Je ne veux plus être forcé à contempler la mort. Pourquoi moi ? Pourquoi est-ce moi qui est survécu ?

J’ai essayé de les prévenir pourtant.

Ils m’ont pris pour un fou.

Fuir. Fuir assez loin. Ne plus penser à mon passé. Oublier. Je retrouverai peut être la paix. Peut être que je ne verrai plus rien des horreurs que j’ai vécues. L’oubli. Je donnerai tout pour m’y perdre.

Encore une coursive et je verrai mon salut.

Plus qu’une.

J’y suis presque.

Seul mes pas résonnent. Les gardes ne m’ont pas encore trouvé.

Il ne m’a pas encore trouvé.

Le sas.

Je le voie.

Mon salut.

Accessible.

Derrière ce sas, elle m’attend. On pourra quitter cette galaxie. Revivre.

Le sas. Il est comme tous les autres. Et pourtant il me fait peur.

S’il ne s’ouvrait pas ? La sécurité est enclenchée. Le code. Pourvu qu’ils n’aient pas changé le code. Arrête de trembler. Compose ce fichu code.

J’y suis presque.

Des jets de vapeurs. Des crépitements. Des sons tant espérés.

Le sas s’ouvre.

J’y suis presque.

La zone de décollage. Personne. Elle a réussi.

Où est-elle ?

Dans la navette. Elle doit m’attendre. Le champ électromagnétique crépite. Cela veut dire que les portes donnant vers l’espace sont ouvertes.

Je perds quelques instants à contempler les étoiles. Après des jours et des jours dans une salle sombre, avec pour seule compagnie mes cauchemards, c’est la plus belle chose que je vois. Une nébuleuse. Débauche de couleurs et de formes. Vision de liberté.

Des bruits de pas. Ils m’ont retrouvé.

Il m’a retrouvé.

Fermer ce sas et le vérouiller. C’est le seul moyen.

J’ai l’impréssion de vivre hors du temps. Regardant tout autour de moi se dérouler, plus vite toujours plus vite. N’ayant jamais le temps de stopper ce cycle. Mes doigts parcourent le panneau au ralenti.

Est-ce la peur qui produit cet effet ?

Non, je connais la peur. Figeante. Faisant perdre tous mes moyens. Là, c’est autre chose. La gravité change.

Je fermerais ce sas.

Des crépitements et de la vapeur.

Après ce que j’ai vécu, ces bruits sont une délivrance.

Je me souviens du silence. Le silence a disparu. Je revis.

Je n’ai plus qu’à le verrouiller.

A côté de moi je l’aperçois. Une clé hydraulique.

Je souris.

Maigre défense.

Elle m’a pourtant sauvé, une fois.

J’entends les pas se rapprocher. Toujours plus près.

Ils n’arriveront jamais à temps.

J’explose le boîtier de commande. Le temps que la porte soit défoncée, je serais loin.

Ou mort.

Dans tous les cas, j’espère être libéré de ma hantise.

Je cours vers la navette. Elle doit m’attendre à l’intérieur. Préparant le décollage. J’espère qu’elle a eu le temps de désactiver les défenses et la propulsion du Purgator.

Je connais ce nom, grâce à elle. J’ai pu mettre un nom sur ma prison et la vouer aux hégémonies.

J’y suis presque.

Le tarmac défile au ralenti sous mes pas. Je suis proche de mon but. La porte n’est plus qu’à quelques enjambés.

J’y suis presque.

La commande d’ouverture est là. Je repense à une scène du passé identique. Le destin est bien étrange et cruel. M’apportant l’espoir pour me l’enlever ensuite.

Je ne serais pas repris. Pas vivant en tout cas.

J’y suis presque.

Je pénètre à l’intérieur. Elle doit m’attendre aux commandes. J’attends que la porte se referme.

J’y suis arrivé.

Mon cœur bas la chamade.

J’y suis arrivée.

Il faut que je la voie. Je monte rapidement jusqu’au cocpit.

La chaise du pilote.

Enfin.

Je l’appelle.

Vide.

Le cocpit est vide.

Elle n’est pas là.

Encore une fois le destin m’a repris l’espoir.

- La mort serait une liberté n’est-ce pas ?

Cette voix.

C’est lui.

On dit que la vie mérite d’être vécu.

J’attends la mort depuis longtemps. Je ne veux pas me souvenir. Mais cette voix, me replonge dans mon passé.

Je me souviens de cette voix.

C’est elle qui me force à voir.

- Je te garderais en vie, et chaque jour tu revivras tes cauchemards. Encore et encore. Je ne laisserais de toi qu’une coquille vide, à jamais prostré dans ses visions.


Date: 4 547 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Découverte du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: Le silence est toujours suivi de cris.

Les éclaireurs du Purgator ont trouvé une navette de classe Lander. Après un scannage pour détecter les formes de vie et l’armement, la classification en danger mineure a été attribué.

L’analyse des codes d’identification ne nous a rien appris de particulier. C’est une navette construite par les usines de Yaga Prime, numéro de série X307-80. Elle est détachée au service du capitaine Palbort Modetess commandant l’Atlantis. L’Atlantis sert de vaisseau ravitailleur entre les secteurs Yagarus et Icharia.

Les tentatives pour joindre ce navire se sont avérées vaines pour l’instant.

Une équipe de secours a été envoyée pour récupérer l’unique survivant. Les analyses préalables ont apporté qu’aucune contamination n’infectait le sujet et la navette.

Fait à souligner, le sujet a du être maîtrisé par plus de trois hommes. Sa combativité lui permettra peut être de survivre à l’interrogatoire.

Date: 4 548 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Quarantaine du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: La souffrance est un art, chaque jour apporte une nouvelle torture.

Le sujet 17 a été mis en quarantaine sur l’ordre du commandant.

Le sujet résiste très bien à l’injection des sondes.

D’après mes analyses, je n’ai trouvé aucun agent patologique, mais je préfère continuer les tests. Ce sujet semble prometteur.

J’ai ensuite arrêté de lui donner des sédatifs et j’ai rendu plus sensibles ses terminaisons nerveuses. Je n’obtiens que des cris inintelligibles, lors des inspections médicales.

Date: 4 550 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Quarantaine du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: Les épreuves de la vie endurcissent le corps et l’esprit. J’aime ceux qui ont beaucoup vécu. Ils tiennent plus longtemps.

Le commandant est venu me demander d’arrêter mes expériences.

Je lui ai répondu que mes ordres venaient de plus haut et que me remettre en question c’était douter de mon maître, l’inquisiteur Torquemada.

J’ai ajouté que tous ceux qui s’interposeraient seraient dûment intérrogés. On ne peut douter de la sainte parole de mon maître que je perpétue le plus fidèlement possible.

Le ton du commandant fût beaucoup plus respectueux.

Après cette visite, j’ai redoublé d’effort pour m’assurer que le patient ne représentait réellement aucun danger pour l’équipage. Le sujet à encore une fois de plus prouvé sa combativité.

Je reviendrais le voir plus souvent.


Date: 4 550 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Préparation à l’interrogatoire du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: La douleur prépare l’esprit. Et je prépare l’esprit à la douleur.

Mes analyses ayant prouvés que le sujet est saint, je peux enfin enlever ma combinaison de protection. J’aime les sensations tactiles. La combinaison entrave mes mouvements. Maintenant je serais plus précis et plus à l’aise. Je laisse le sujet se reposer quelques temps car j’ai de nouveaux ajustements à apporter à la chaise. Je laisse le soin à ma nouvelle assistante Lireanne Gandeem de continuer à préparer le sujet. Après plusieurs jours de privations et de ses bons soins, numéro 17 semble plus coopératif.

Date: 4 553 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Interrogatoire du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: Certains prennent plaisir à tuer en masse. Le véritable plaisir est la destruction complète d’un individu. Petit à petit.

Fait étrange, numéro 17 arrive encore à s’exprimer correctement et à essayer de me mentir. J’admire sa résistance. Je vais pouvoir commencer les stimulis pour en apprendre plus. Peut être qu’il servira de cobaille pour la chaise s’il me cache encore des choses. J’espère qu’il le fera.

Date: 4 554 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Interrogatoire du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: Toute machine crée par l’homme, doit être utilisée un jour. Il serait dommage que la chaise ne serve jamais.

Une panne de courant a plongé la salle d’interrogatoire dans le noir. Numéro 17 a été terrifé et a crié que les ombres venaient le chercher. Une simple panne de courant, lui a fait plus peur que mes visites. Je suis curieux de savoir ce qui lui est arrivé. Dès à présent je le laisserai dans les ténèbres.

Date: 4 557 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Interrogatoire du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: Connaître son sujet, ses faiblesses et ses peurs rendent une tâche toujours plus captivante.

J’ai délaissé mes autres sujets. Numéro 17 mérite toute mon attention. Il est le seul qui refuse encore de parler. Son secret doit être terrifiant à souhait. Je suis un peu déçu que mes interventions n’aient servi à rien et en même temps je suis exalté. J’aime les défis. Et je vais enfin pouvoir tester la chaise. Mon maître sera sûrement content d’apprendre comment vont se passer les tests qui vont suivre. Je lui enverrai mon rapport après que numéro 17 soit brisé.

(Modification du message : 22-04-2004, 18:07 par Evandree.)

Date: 4 558 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Interrogatoire du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: La patience est une vertue. Plus l’attente est longue, plus le résultat est mérité et récompensé.

La chaise est un engin merveilleux. Ces applications sont multiples et elle apporte une grande satisfaction au résultat.

Si le sujet survit.

Elle peut, par exemple, servir à conditionner une personne. A chaque fois que la personne traité essaie de se rappeler quelque chose d’indésirable dans sa « formation », la chaise inflige une grande douleur.

Ainsi par des jeux de douleurs et de récompenses on peut modifier complètement les pensées du sujet.

Les exemples parlent mieux d’eux-mêmes. Prenons une utilisation simple, si on veut donner une nouvelle identité au cobaye.

Un sujet ayant subit l’épreuve du feu de nombreuses fois est endurci et sera beaucoup moins coopératif qu’un fermier quelconque.

En modifiant ses souvenirs le guerrier deviendra un simple paysan qui sera content de nous dévoiler toutes les informations que son cerveau connaît.

Il finira même par nous demander de retirer tous ses souvenirs qui lui font si peur.

J’aime rendre service.

Surtout quand cela s’accompage de cris.

La chaise peut aussi servir de détecteur de mensonge en recherchant les terminaisons actives lors des réponses du sujet.

S’il ne veut pas répondre, les stimulis envoyés par la chaise augmenteront l’activité des nerfs de la victime, qui deviendra beaucoup plus réceptive à nos « suggestions ».

Hélas la chaise à encore des défauts et je me dois de les signaler.

Si le sujet subissant ses effets n’a pas au préalable résisté à un interrogatoire de niveau 4 il ne pourra endurer la chaise et mourra.

Numéro 17 a passé avec brio tous les stades.

Le niveau 1, la psychologie agrémenté de quelques motivations n’a eu aucun effet sur lui. Il a aussi résisté au niveau 2. Les drogues n’ont pas agi.

Les privations du troisième stade n’ont en rien diminuer sa combativité.

Le sujet a semblé très prometteur et l’a prouvé par la suite.

Le niveau 4, demande plus de finesse. L’art de laisser la victime entre la vie et la mort tout en le laissant conscient pour apprécier les gâteries et les petites surprises qu’on lui réserve demande beaucoup de doigté.

Mais trêve de palabres, attaquons le vif du sujet.

Ou attaquons plutôt le sujet à vif…

Numéro 17 ne semble pas goûter la plaisanterie.

Date: 4 563 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Interrogatoire du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: Les cris d’un patient est la plus belle musique que l’on puisse écouter. Je ne m’en lasse jamais.

Les modifications que j’ai apportées à la chaise permettent de faire ressurgir les souvenirs du cobaye.

Numéro 17 préfère mes séances d’interrogatoire aux souvenirs qu’il refuse encore de partager.

Je suis déçu que mon travail ne soit pas apprécié à sa juste valeur. Mais j’obtiens enfin des résultats conséquents sur les dires du sujet.

J’ai appris qu’il travaillait à bord de l’Atlantis comme responsable de la machinerie. Même si je me doute de la signification de ce grade, je demanderais confirmation au commandant.

Il m’a aussi dit que son vaisseau à été manger par les ombres. Je dois peut être laisser numéro 17 se reposer.

Je ne voudrais qu’il devienne fou.

A tout hasard j’ai demandé une recherche de l’Atlantis. J’aviserai à la suite des évènements.


Date: 4 565 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Interrogatoire du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: Si la vie n’est que souffrance, alors je la ferai durer éternellement.

J’ai espacé les entretiens avec numéro 17. Je laisse le soin à Lireanne Gandeem de s’occuper du sujet durant mon absence.

Je dois retourner à mes occupations premières. Mon maître serait très désappointé si je n’amène pas les prisonniers que l’on est venu chercher, correctement préparés.

Mais je suis sûr qu’il appréciera sûrement la résistance du numéro 17 et les progrès dans la construction de la chaise.

Date: 4 569 001 M42

Source: Interrogateur Mirsen Ortuss, Autorisation Zeta Minoris

Sujet: Interrogatoire du sujet 17

Format du message: Oral

Pensée du jour: Si la mort est votre pire cauchemard, je vous tuerai mille fois. Et mille fois je vous sauverais de vous-même.

L’Atlantis a été retrouvé.

L’équipe envoyée pour découvrir ce qui c’est passé n’a rien rapporté de concluant. Toutes les preuves de la disparition de l’équipage ont été effacées.

L’équipe parle de vaisseau fantôme.

La superstition est mauvaise conseillère. Un interrogatoire devra être mené pour déméler le vrai du faux.

Un autre navire a été découvert, le Discovery, lui aussi abandonné.

J’ai demandé un inventaire complet des deux vaisseaux. Peut être que l’on découvrira quelque chose d’intéressant pour expliquer ce mystère.

Je dois retourner interroger numéro 17 pour tirer ça au clair. Mais j’irais d’abord analyser la navette.

Des traces résiduelles peuvent avoir échapper aux contrôles.

J’aurais du commencer par là, mon maître me le reprochera si je ne découvre rien.

(Modification du message : 22-04-2004, 18:11 par Evandree.)

Je n’ai jamais essayé de lutter contre les visions dictées par mon inconscient. Elles ont toujours dirigé ma vie. Elles ne m’ont jamais trahi et elles m’ont toujours accompagné depuis aussi longtemps que je me souvienne.

Les premières années de mon éducation à l’Officium Dogma Veritas, je n’ai jamais vu le soleil. Je n’ai connu que la salle sombre où mon précepteur venait me rendre visite. Les longues journées d’apprentissage m’ont fait apprécier la douleur pour ce qu’elle était. Une purification du corps et de l’esprit.

Cette lente préparation, ayant pour but de purger tout mon être des pensées impures. Il m’a fait ressentir toutes les parties de mon corps et oublier un passé inutile. Seul devait compter l’Empereur. Toutes déviations étant sévèrement punies.

Mon esprit a longtemps résisté, mais la lumière de notre Seigneur a finit par rejaillir sur moi et a calmé mes souffrances. Mon sang avait un goût âcre et une odeur forte. Il remplissait ma chambre de sa chaleur. Mes pêchés disparaissaient pour ne laisser qu’une indéflectible loyauté envers notre bienfaiteur.

Lorsque arrivait le jour, ou était-ce la nuit, de la visite de mon précepteur la peur m’envahissait et pourtant je savais qu’ensuite je serais bercée par ma foi. Lors de mes pertes de connaissances, une douce voix me réconfortait et m’appaisait. Elle m’aidait à soutenir l’horrible réalité. Même dans les moments les plus difficles, elle etait là. Elle ne m’a jamais abandonnée, et je ne l’abandonnerai jamais.

Je savais que cette voix faisait partie de l’endoctrinement, mais ses mots touchaient mon coeur, le protégeaient de l’affliction. Elle couvrait, le temps interminable que je passais à crier et brisait ma solitude. Durant les rares moments où j’étais authorisée à dormir, la voix continuait sans repos, mais j’étais déjà parti de ce lieu de souffrance, là où je revivais, dans mes songes.

De douces visions m’apparaissaient. Mon inconscient revivait la vie d’une autre personne. Ses émotions passaient à travers moi. Les miennes disparaissant pour se fondre dans mes rêves, où elles seraient préservées. Là où les tendres paroles, m’aidaient à soutenir la douleur, mes visions m’ont permis de protéger ma conscience. Toutes mes émotions, mes sentiments, toute ma morale je les ai cachés au plus profond de mon être, où personne ne pourra jamais les dénaturer.

Me vidant de tout ce qui pour moi définissait l’être humain, je suis devenue une coquille vide. J’offrais ce néant aux souffrances. On ne peut détruire ce qui n’existe plus. Mon entraînement continua encore quelque temps, mais j’étais enfin ce pour quoi mon précepteur m’avait façonné. J’étais numéro 128. Page vierge, prête à être écrite comme il le jugera bon.

A partir de ce moment, je ne subie plus aucun sévisse. Et je fu libérée de mes chaînes. Libre de quitter ce qui a été ma chambre durant des années. Une liberté toute relative, car je n’avais accès qu’à une seule pièce. Après un long couloir tortueux j’arrivais dans une pièce hexagonale, baignant dans la lumière où trônait la voix.

Autel dédié à l’Empereur, je me sentis revivre. Là où je ne connaissais que ténèbres, la lumière réchauffait mon corps. Là où tout n’était que souffrance, ici douceur et sérénité reignait. Là où seule la peur me rendait visite, j’aperçus d’autres discipiles qui m’apportait réconfort. On avait tous la même expression sur le visage. Découvrant la vie pour la première fois.

Je me recueillais avec d’autres pupilles, pour célébrer les louanges de notre Dieu. Chaque jour, on se retrouvait, heureux de quitter notre noir passé pour célébrer celui qui nous guidera vers un avenir meilleur. La voix continuait de nous apprendre ce qui était juste. Tout ce qui s’opposait à ce futur, devait être détruit.


Après des semaines de receuillement, chacun de nos professeurs nous amena, un hérétique. Coupable du plus grand des méfaits. Trahison envers la doctrine impériale.

Une sainte colère nous a tous pris à la gorge. Ils devaient payer leurs pêchés. Tous leurs pêchés. Un nouveau précepteur m’appris, comment extirper la noirceur, sans m’y perdre. Ma compréhension de ce danger impréssionna mon professeur au plus haut point. J’obtenais toujours des aveux complets. Je sais maintenant pourquoi j’étais si doué. Des réminéscences, d’émotions me faisait mieux ressentir, ce qui était le plus insupportable lors des interrogatoires. Je savais reconnaître une brêche dans la cuirasse du coupable et je m’y engouffrais, détruisant sa résistance.

Deux années passèrent, où je perfectionnais mon talent. La justice devait triompher. Pour chaque aveu, je sentais que mon bien être revenait. Je participais à laver la souillure de ma planète. Brakiss devait être purifié.

L’équilibre que j’avais atteind fut détruit lorsque la voix annonça une hérésie que personne n’aurait pu prévoir. Une des pupilles de sang avait jeté l’opprobe sur notre confrérie. Elle avait succombé, failli à son devoir. Pour lui faire payer son ignominie nous reçumes ce qui s’appelle un Agiel. L’instrument de justice par excellence.

Quiconque en possède un sur ma planète devient une instance suprême. Au-dessus des lois, elle devient la loi. Personne ne peut échapper à son jugement. Toute personne refusant de subir les souffrances de l’Agiel, ce désigne comme coupable. Toute personne ayant subit la purification par l’Agiel, à toujours avouer ses fautes.

Nos maîtres sélectionnèrent trois pupilles de sang pour laver notre honneur et retrouver celle qui avait fuit. Numéro 17, 53, et moi-même. Une détermination sans faille se lisait sur nos visages. On la retrouverait quoi qu’il en coûte. Cela faisait des années que je n’avais pas vu mon monde, mais cela n’avait aucune importance. Seul comptait l’accomplissement de notre devoir.

La chasse fut aisée et brève. Perdue au milieu d’une foule, elle se débattait, essayant d’éviter les coups. Elle n’avait pas pu aller bien loin. De nombreux badauds l’avaient poursuivis pour la rouer et sûrement la tuer. Notre arrivée a d’abord été hué. Mais la vue de nos Agiels battant nos flancs, dissuada même les plus téméraires. Attaquer une personne possédant cet insigne, c’était remettre en doute toute l’instance judiciaire.

Certains détalèrent. Je gravais leur visage en moi. Je les retrouverais. Ils fuyaient la loi. Ce mal devait être éliminé, après avoir obtenu leurs aveux. Mais l’infâme traitresse devait être ramené en priorité. Elle hésita à nous rejoindre, preuve de sa décadence.

Mon Agiel claqua pour la prendre à la gorge. Elle se débattit. Nouvelle preuve de sa cupalbilité. Les saintes substances, jaillissant de la multitude de crochets, recouvrant tout le fouet béni lui arrèchèrent des cris. Des hurlements d’hérétique. Je les reconnais entre tous. Je relachais la pression pour laisser l’Agiel glisser le long de sa gorge, laissant un sillon de sang. Mes sœurs, frappèrent à leur tour portée par une juste colère.

Un voile rouge tomba, occultant le but premier de notre mission. La ramener vivante, pour qu’elle avoue ses pêchés. Un éclair de lucidité nous traversa. Ne jamais laissé des émotions prendrent le pas. La mort est sans retour. Il fallait la garder en vie pour qu’elle dévoile ses pêchés.

Traînant dans la rue la traîtresse inconsciente, j’en profitais pour regarder ce qu’était devenue ma planète. Je croisais quelques regards où se lisaient la déchéance. Les édifices étaient décrépis et seuls de trop peu nombreux insignes de foi les décoraient. Notre point de départ était déjà en vu.

Elle n’a vraiment pas été loin, ou la justice fut trop rapide. Le soleil se couchait, comme pour masquer l’arrivée de la souillure dans le temple. Le temple édifice immaculé. Blanc. L’antithèse des constructions alentours. Mon inspection fut brève. Je préfèrais imaginer les moyens pour arracher la vérité de la bouche de numéro 23.

Mes pensées furent interrompues par une voix de bariton déformée par une raisonnance métallique. C’etait celle de mon premier précepteur. Il m’ordonna de lui remettre la fautive. Je n’avais plus d’ordres à recevoir de lui. Je possédais un Agiel maintenant. Mais une peur ancrée en moi me força à lui obéir. Ma satisfaction de devoir chatier la coupable s’éloigna en même temps que ses pas. D’autres personnes vinrent ensuite pour récupérer nos armes. Je me sentais nue, tremblante. Je n’étais pas encore une Mord-Sith. L’Agiel ne m’appartenait pas.

J’avais réussi la mission que l’on m’avait confiée, mais je restais perturbée. Je suis resté de longues heures prostrées devant l’autel essayant d’analyser ce qui c’était passé. Des sentiments, envie, haine, colère, peur avaient refait surface. Je devais me détacher de tout cela si je voulais continuer à servir correctement.

La nuit qui s’ensuivit fut agitée. L’éveil de ces émotions réveilla quelque chose d’enfouie en moi. Mon passé. Mes visions. Elles refaisaient surfaces. Me rappelant qui j’étais. Et me reprenant tout. Colère, haine, envie, peur disparaissaient. Le tourbillon de sensations qui m’avait perturbé, s’effaça pour retrouver sa place. Caché attendant le jour où le déclic les réveillerait complètement. Ce fut la seconde fois que l’oublie m’apporta la paix.

Au réveil, je me suis sentie apaisée. Cette matinée fut particulière. Ce fut le jour de mon intronisation. Je devenais une Mord-Sith. Porteuse de l’Agiel. Libre de quitter le temple pour rendre la justice. Je reçue une armure faite de fine plaque rouge moulant à la perfection mon corps et offrant une protection contre les impurs.

Nous étions trois. Debout, devant nos sœurs agenouillées, à recevoir ce présent. La cérémonie se termina, par la remise des Agiels qui nous avaient si bien servi. Imprégné de notre sang, ce symbole de justice, devenait notre. Je devenais la seule à pouvoir le manier. Tout autre insconscient qui chercherait à se l’approprier, subirait le rejet des nombreuses toxines qu’il renfermait. L’afflut soudain de tous ses poisons tuerait le fou. J’étais la seule qu’il reconnaissait. Ce jour reste gravé dans ma mémoire.


Une année passa, où je rendis la justice. Devenant une des Mord-Sith les plus craintes de Brakiss. Cette réputation venait de mon apparente insensibilité et de mon intransigence. Aucun cri, aucune supplique, ne me détournait de mon devoir. Nul titre ou richesse n’empêchait le couperet de la justice de tomber. J’utilisais tous les moyens que je jugeais nécessaires pour arracher la vérité et punir les coupables.

Certains des personnages les plus prestigieux de ma planète sont passés entre mes mains. Certains sont morts. D’autres vivent encore. Dans une chambre du temple. De nombreusse tentatives d’assassinats ont été tentées contre ma personne. Aucune n’a abouti.

Mes sœurs et moi-même avons toujours su retrouver les commanditaires. Ceux qui ont essayé sont toujours vivants. On ne peut vouloir tuer une représentante de la loi, si on a pas de terribles secrets à cacher. Mes jeunes sœurs s’entraînent sur leur corps.

Certaines autorités ont bien essayé de mettre fin à quelques-unes unes de mes enquêtes. Mais même la branche de l’Officium Dogma Veritas, chargée de nous surveiller, n’a rien trouvé pouvant justifier l’arrêt de mes recherches.

J’étais en train d’interroger un habitant des bas fonds lorsque j’appris la nouvelle sur mon commutateur. L’arrivée d’un homme représentant du très saint Empereur voulait me voir.

J’ai abandonné le suspect, mort, dans une sombre ruelle. Il ne m’avait rien appris d’intéressant sur l’affaire que je menais, mais sa vie était une suite d’hérésie. Je lui ais apporté la justice. Je suis remonté le plus vite possible. On ne faisait pas attendre un inquisiteur.

Je n’étais pas la seule à recevoir cet appel. De nombreuses personnes étaient présentes. La majorité était des guerriers. J’étais la seule Mord-Sith. Un homme que je connais désormais sous le nom de Mirsen Ortuss vint à moi et m’emmena devant son maître.

La voix de l’Empereur m’accueilla. Cette voix. Elle ressemblait à celle que j’entendais lors de mes prières. La lumière était plus intense dans la salle. L’homme que j’avais en face de moi irradiait. Il représentait la lumière, la justice. Je me suis agenouillée, devant cet être. N’osant plus porter le moindre regard de peur de le mécontenter. J’ai même arrêté de respirer. Il ne fallait pas que je le pertube. J’attendais ses ordres.

Il m’interroga. Je lui répondit le plus précisement possible. Si mes paroles m’apportaient la mort. Je l’aurais mérité. Ce paragon de vertue ne pouvait se méprendre. Je le sentais qui fouillait mon âme. Cherchant un moyen de vérifier mes dires. Je ne parlais que vérité. Aucun mensonge ne vint.

Une chaleur bienfaisante m’entoura. Il m’annonça que la souillure était apparue sur cette planète et qu’il avait besoin de mon aide. Je lui jurais fidélité. Une sourde colère monta en moi. Comment je n’avais pu me rendre compte de ce mal qui rongait ma planète ! Mais son aura doucha, mes noires émotions. Je ne servais plus la justice de ma planète. Je servais la justice de l’Empereur. Je servais l’inquisiteur Torquemada Coteaz.


Sous les ordres de ce saint homme, j’ai accompli une quête de pureté. J’éliminais le mal à la racine. Je ne peux réveler les actions que j’ai menées sous son commandement. Elles m’ont changées. J’ai prêté serment de ne rien révéler. Rien ne pourra m’arracher ce que j’ai vu.

Devant les actes accomplis il me chargea d’une mission, traduire les hérétiques par delà Brakiss, et il me donna un nom. J’étais devenue Lireanne Gandeem. Je devais lui ramener les personnes propageant un danger pernicieux devant lequel la retraite est inconcevable.

Accompagnant Mirsen Ortuss lors de ses voyages, je traquais et intérrogeais les accusés sous l’œil bienveillant de celui qui vaincra et repoussera la noirceur. C’est ainsi que je me suis trouvée sur le Purgator, amenant des prisonniers pour subir le juste courroux de mon maître. Plusieurs pensionnaires, ont déjà subit mes attentions.

Sachez juste que tout ce que j’ai fait était au nom de l’Empereur, divin guide, lumière repoussant les ténèbres. Il a toujours été là en moi m’apportant sa douce chaleur et me gardant sur le droit chemin. Sa volonté est impénétrable, son dessein immuable. J’accomplirais toutes ses directives, même si elle m’amène à la mort et à la forfaiture. Une terrible responsabilité m’a été confié. Pour achever ma destinée, je dois commettre l’irréparable.

Mon avenir m’est clairement apparu depuis l’arrivée du rescapé. Je me souviens de la première fois où je l’ai vu. Ce n’était qu’une loque humaine comme tant d’autres qui sont passées entre mes mains. Pourtant cette épave, m’a ouvert les yeux.

Depuis des années je le vois en rêve. Je connais son visage. Il est gravé dans mon esprit. Il a laissé une marque indélebile, que plus rien ne peut effacer. Je connais tout de lui et en même temps ce n’est qu’un inconnu. J’ai ressenti ses sentiments, ses peurs et ses passions. Je sais que lui aussi s’est imprégné des miennes.

Mais son passé est nébuleux. Je ne vois en lui qu’un tourbillon d’émotions, rien d’autre. J’apprendrai peut être son nom un jour. Un nom autre que l’affreuse appélation que lui a attribué Mirsen Ortuss. Numéro 17.

Son apparition a réveillé en moi des sentiments qui s’étaient perdus dans les limbes de mon inconscient. Mes visions se sont réveillés pour ne plus me quitter. Elles m’ont rendues ce que j’avais rejeté.

J’étais accomplie, prête à réaliser ce pourquoi j’étais née. Purger la déchéance et repousser une menace. Celle-ci ne m’a pas encore été dévoilée, mais je ferais tout pour empêcher son exécution. Même si cela fait de moi une proscrite.

J’ai laissé ce message à votre intention commandant Ervintess Leldarra car vous êtes la personne qui devra gérer la situation à venir. Pour comprendre mes actions, il fallait mieux connaître ma vie. Quand vous recevrez ce message il sera trop tard. Je serais déjà partie achever ma destinée.

L’activation de ce message a entraîné une réaction en chaîne. Elle déclenchera une explosion qui détruira la source de puissance de votre vaisseau, vous empêchant de nous poursuivre et de nous détruire. Un message de détresse à été envoyé pour que les secours viennent vous récupérer, ainsi que votre équipage. J’espère qu’ils arriveront à temps.

- Connection avec la passerelle. Donnez l’alerte.


Je sais ça fais beaucoup à lire d'un coup et cela peut rebuter certains, mais bon ce qui est fait est fait. Sinon pour que je poste la suite il faut trouver les solutions au petit jeu des anagrammes.

Palbort Modetess = P-- -- --- -'-- ----

Mirsen Ortuss = M--- -- ------

Lireanne Gandeem = L- ------ -------

Ervintess Leldarra = L-- ------ --------

Pour chaque anagramme trouvé, une suite. Je rappel qu'il suffit de mélanger les lettres d'un nom pour obtenir une phrase.

J'ai été gentil j'ai mis les espaces et le nombre de lettre dans un mot.

Pas d'anagrammes au museau, pas de récits au choco.

(Modification du message : 22-04-2004, 19:33 par Evandree.)