[Concours] Fonce ou crève
#1
[A lire avec un fond sonore : Mais ça passe aussi avec The Trooper dans un autre genre ^^ . ]




    La cabine s'ébranla violemment lorsque les coupleurs eurent achevé la procédure de largage. Puis une accélération violente plaqua les passagers sur leur siège lorsque les propulseurs s'activèrent dans une déflagration : on enregistrait parfois jusqu'à 25 g à ce moment précis, puis à 12g sur plusieurs secondes. Les combinaisons anti-G étaient des vieux modèles usés et rafistolés, aussi il fallait bien souvent activer des injections stim d'urgence pour réveiller ceux qui s'étaient évanouis, avant que l'abordage proprement dit ne commence. Mark commençait à voir les petites étoiles caractéristiques de la perte de connaissance mais tint bon. Maintenant, le bruit, un sifflement strident et continu, écrasait tout et pénétrait dans votre cerveau comme un foret. Il se concentra sur le compte à rebours … 21''07 ; 20''38 ; 19''97 ; 17''12, 14''54 … Soudain, le rugissement des fusées se tut - accélération réduite à zéro - apesanteur irréelle – silence absolu – puis montent les battements du cœur, roulants et frénétiques martelants l'envie de vivre.. 12''25 ;11''47 ; 10''75 ; 9''36 . Mark s'arracha de sa torpeur pour jeter un œil sur les données de son ATH : les leurres anti radars semi-actifs ont été lancés à 13''02 - Leur proie était donc armée. Une autre déflagration et des G négatifs le sortirent de ses inquiétudes: les rétrofusées étaient entrées en action, le harnais en polymères ultradenses le maintint collé à son siège 4''47 ; 3''16 ; 2''75 ; 1''90 ; 1''12 ; 0''87 ; 0''65 0''41 ; 0''01 .
    Le choc fut sourd, presque trop doux comparé au rugissement venu des enfers qu'ils venaient de subir. La lumière revint en mode standard. On entendait le bruit des injections : Martha, Jamie, Alaine et.. Hisham ? Mark n'aurai pas pas pensé ça de lui. Il échangea un regard complice avec Elena, entre vieux baroudeurs, Karl avait déjà détaché ses sangles et était affairé à mettre en marche les scies lasers. Mais à son étonnement, Jules avait aussi tenu bon. Un crépitement du canal com précéda ses ordres : « Ceux qu'ont pris le jus restés sanglés et récupérez on a 3 minutes minimum avant le début de la fête. Les autres préparez les armes de tout le monde. A une minute avant ouverture je veux tout le monde en position : Karl et Elena en première ligne, Hisham et Jules en couverture, les autres et moi même planqués dans le sas prêts à débouler dès que les gaz sont lancés. On passe en vision infrarouge. Ils sont armés, y'aura probablement du grabuge mais je veux pas un seul pétard sans mon ordre express, ou celui d'Elena. S'ils essayent de parlementer tout le monde ferme sa gueule et me laisse causer. On n'est là que pour le butin. Capice ? » Un murmure d'approbation accompagna la mine tendue et concentrée des huit mercenaires. À 1 minute avant l'ouverture, tous se mirent en position, suivant des gestes répétés encore et encore, et attendirent le travail des scies lasers, dont les progrès étaient affichés sur l'interface du la nacelle. Mark sentit à nouveau son cœur battre la mesure de la folie imminente, mais l'adrénaline se mêlait à un je ne sais quoi de mauvais pressentiment. L'espace semblait presque solide tant la tension était à son paroxysme. Les scies lasers étaient sur le point d'achever leur besogne, le sas d'abordage avait presque fini de se mettre en place. Le voyant passa au vert.

« Go ! » Karl actionna le détonateur de la charge qui propulsa la paroi découpée et permit à Elena de vider les 12 grenades à gaz du chargeur de son fusil d'assaut multi. « Maintenant ! » Mark s'avança droit dans le couloir, son fusil d'abordage à cartouches magnétiques en joue. Sa visière à infrarouge lui permettait de distinguer la forme d'une coursive à travers le nuage, mais aucune irrégularité ne venait perturber son tracé courbe. Il fit quelques pas, au milieu du chuintement des grenades à gaz. « Mark ? » Il était tiraillé. Rien ne semblait devoir retenir son ordre. Mais merde, ils n'étaient pas sensés être armés. Une minuscule surface quasi imperceptible s'ouvrit droit devant lui. Il se jeta au sol – une série de détonations d'arme automatique - la gâchette enclenchée par l'index – le choc du sol sur son coude – les impacts sur la paroi - liquide sur son ventre et sa jambe – un flash .. puis la neige E/M.
Et, au milieu du vacarme des détonations, la douleur fut.







Mark ruminait depuis un certain temps. Il n'aurait pas su dire combien. Sanglé dans une unité de soin, seul, on lui avait retiré son armure tactique, ses armes et mis ses implants en black-out complet. Il était figurativement et littéralement nu comme un ver. Il s'était fait avoir comme le dernier des trous du cul. Ce vaisseau était beaucoup plus moderne que ne le supposait son apparence extérieure, il l'avait senti dès les premiers pas dans la coursive. Il puait le fric, mais ça ne ressemblait pas aux corpos. Pas assez tape à l’œil, trop subtil. Une organisation gouvernementale ? Criminelle ?


La porte s'ouvrit dans un glissement d'air. Une femme. En tenue de combat, un modèle que ne reconnaissait pas Mark. Plutôt du genre militaire ultramoderne. Pas d'insigne, un chignon strict. Elle l'observa quelques secondes, affichant un rictus goguenard qui aurait mis Mark hors de lui s'il l'avait pensé injustifié. Mais il éclata de rire.

- Hem. C'est votre bêtise qui vous fait rire ?
- M'dâm, je trouve ça cocasse, ouep. J'ai fait trois guerres, servit dans divers groupes de forces spéciales, travaillé comme garde du corps pour un parrain de la pègre, j'ai mené et fait des dizaines d'abordages qui m'ont valu une réputation de tueur, et je me fait serrer comme un bleu par un truc vieux comme le monde. Je tire mon chapeau à vot' patron, m'dâm.
- Le patron, ici, c'est moi.
- Eh ben d'autant d'autant plus que vous devez avoir la moitié de mon âge.
- Allons droit au but. Vous êtes en vie car j'ai une proposition à vous faire. Du genre que vous n'êtes pas en mesure de refuser. Vous allez travailler pour moi.

Finalement, ils n'avaient pas été si minables. Et il commençait déjà à apprécier sa nouvelle patronne.
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