Le Camarade Zugrub Ne Peut Pas Mourir !

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SebVoinot, l'Oiseau du Vent de l'Ecole Nanto qu'on laisse au vestiaire, plus connu sous le nom de SebVoinot m'a fait parvenir un CD de pop thaïlandaise que j'ai reçu ce matin (ce dont je le remercie encore). L'audition de ses mélopées envoutantes (surtout les miaou-miaou-dring-dring) m'a permis de retrouver la sérénité qui me manquait pour décider de la ponctuation de la dernière phrase de ma nouvelle : c'est bien sûr par *deux* points d'exclamatations qu'il fallait la conclure.


Elle est ici en pdf :


http://zugrub.chez.tiscali.fr/camarade_zugrub.pdf


Et des fois que le lien ne marche pas, comme d'habitude, je la copie-colle ci-dessous.


Zastrug épousseta son manteau en fourrure de squiggoth comme il le faisait après chaque détonation, réajusta rapidement l’impeccable alignement de ses boutons de manchettes en or, vérifia que les deux snotlings chargés d’astiquer en permanence ses bottes de cuir noir ne se laissaient pas distraire de leur tâche vitale au bon déroulement du plan de bataille par le fracas environnant et pris des mains de son suivant gretchin la longue-vue de cuivre qu’il lui avait confiée quelques instants plus tôt. Entre temps, l’instrument avait été soigneusement nettoyé et briqué.


"BATTERIE DEUX !"


Il riva son œil à la longue-vue, tirant la langue sous l’effort de réflexion.


"DISTAAANCE : TROIS CENT CINQUANTE METRES ! FEU !"


Un fourmillement de gretchins s’activait autour des pièces d’artillerie, remettant les cales en place et tournant de lourdes manivelles pour atteindre l’angle de tir nécessaire. Les obus fusèrent dans un roulement de tonnerre et un nuage de fumée noire. Les gretchins de la troisième batterie s’apprêtaient déjà à imiter leurs congénères, n’attendant que les ordres de leur richissime propriétaire et chef.


"DISTAAANCE… Trois cent trente… Non, trois cent vingt mètres. FEU !"


Il observait le résultat des tirs à la longue-vue, un sourire béat sur le visage. Les hordes de bandits orks montées sur des engins rapides étaient désorganisées par le déluge de métal qu’il faisait pleuvoir sur eux.


"Extra les grots, extra, vous avez bien mérité votre caisse de bière."


Une caisse de bière pour trente gretchins. Le pingre devait être d’humeur réellement joyeuse. Avec de la chance, les bouteilles seraient peut-être même pleines.


"Tu nous diras quand t’auras fini de les chatouiller, qu’on puisse aller s’batt'."


Grabbit et sa garde personnelle attendaient quelques mètres en arrière. Le reste des goffs étaient répartis aux alentours. Ils attendaient leurs ordres eux aussi. Plus exactement, ils attendaient un seul mot de leur chef.


Zastrug époussetait cette fois son haut-de-forme.


"Z’y allez quand vous voulez les gars. Si vous avez envie d’vous r’trouver entre mes tirs d’artillerie et les leurs. La boucherie c’est droit d’vant. Suivez la ligne rouge. Mais ce s'ra pas la peine. Mate."


Ceux de leurs adversaires les plus courageux – ou les plus insensés – qui s'étaient approché jusqu'à distance de tir des batteries d'artillerie avaient déjà renoncé et détalaient à présent. Ce n’était plus qu’une question d’heures avant que les habitants de cette pitoyable ville – comment s'appelait-elle déjà ? Harbektown, Harbuktown ou quelque chose comme ça ; chez ces foutus Evil Sunz, tous les noms se ressemblaient – ne rendent les armes et ne reviennent sur leur refus de payer tribut en armes et en dents à Zugrub. "Zugrub le magnifique" corrigea mentalement Zastrug mais l’idée lui paru aussitôt ridicule. Le grand chef Blood Axe était loin, parti mener l’assaut final à la tête des Bérets Rouges et des Kommandos de la Mort. Les goffs de Grabbit et les Bérets Verts gretchins de Supur Zorinski, à qui personne ne faisait confiance de toutes façons, n’auraient probablement même pas à intervenir.


Une fois encore, Zastrug, ses combattants et leur armement lourd avaient accompli l'essentiel de la tâche et espéraient légitimement en tirer le bénéfice correspondant.


"Le boy Bad Moon, c'est d'la qualité !" conclut fièrement Zastrug. "Ah, voilà Fester."


Le rhino gris à gueule de requin arrivait à vive allure. Ses chenilles se bloquèrent soudain, creusant un profond sillon de terre brune dans l’herbe du vallon pour finir sa course à dix mètres de Zastrug et Grabbit – et cinq centimètres du nez du seul gretchin pétrifié de terreur qui n’avait pas eu la présence d’esprit de s’écarter de sa route. Le chanceux se demandait encore s’il était bel et bien en vie ou s’il avait déjà rejoint les chaudières du Grand Gargant Ethéré quand la réponse lui fut donnée par un Fester furieux qui venait de sauter du véhicule et qui le gratifia gratuitement d’un puissant coup de pied dans les côtes. Ses kommandos vêtus de noir avaient l’air abattus et moroses.


"Bon alors faut qu’on y aille ?" piaffa Grabbit, devinant que les Blood Axes venaient d’essuyer un revers et déjà impatient d’aller une fois de plus prouver sur le tas – tas de cadavres en l’occurrence – la supériorité de l’honorable clan goff sur les méprisables faux orks. "Où est Zugrub ?"


"Mort. I’ s’est fait descendre."


Un murmure angoissé parcouru le rang des gretchins.


"Mort ?"


"Mort. On l'a vu ! L'était parti en buggy avec Rufgob pour contourner les Evil Sunz pendant qu'on attaquait d'front et ils sont tombés dans une embuscade. L'buggy d'Zugrub a sauté, il en reste que des bouts tout p'tits ! Rufgob on sait pas où il est."


Zastrug regardait Fester qui regardait Grabbit qui regardait les deux premiers. Tous avaient parfaitement compris à l'instant de l'annonce que la mort de Zugrub ouvrait la voie de la succession.


"Bon," fit Zastrug. "Donc à partir d'maint'nant, c'est moi l'boss !"


"Et pourquoi qu'ce s'rait toi l'boss," s'indigna Grabbit. "Ce s'rait p'utôt moi !"


"C'est moi l'nouveau boss," brailla Fester.


"C'pas un sale Blood Axe qui va commander des goffs," rétorqua Grabbit avant qu'on de ses boyz ne lui fasse remarquer que Zugrub aussi était un Blood Axe. L'impertinent fut récompensé de sa brillante remarque par une violente taloche qui lui aplatit le museau.


"C'est Zugrub le boss," lança Supur d'une voix forte. "Personne d'aut' !"


"Zugrub est pas mort ! Tout ça c't'un mensonge !" ajouta un second gretchin en pointant un index accusateur et furieux vers Zastrug.


"Un acte de propagande Bad Moon odieux destiné à saboter la juste action révolutionnaire de notre admirable Über-Diktator !" renchérit un troisième qui semblait réciter une leçon. "Le camarade Zugrub ne peut pas mourir !"


***


Zugrub stoppa le buggy sur le bord de la route défoncée et cahoteuse. Les premières lueurs de l'aurore apparaissaient à l'horizon. Le soleil se levait.


Ce qui dérangeait le chef Blood Axe est qu'il ne se levait pas au bon endroit.


Il avait roulé une bonne partie de la nuit après avoir perdu Rufgob lors de l'attaque des Evil Sunz puis tenté de rallier son campement. Mais il lui fallait se rendre à l'évidence : il avait avancé plein sud et beaucoup trop longtemps. Dans cette région mal connue et l'obscurité totale de la nuit de Fountainhead, rien n'avait pu lui servir de repère.


Cette zone du continent secondaire était un vaste désert de sable et de roches orange et déprimant. L'endroit avait été colonisé par les humains bien des décennies plus tôt lors d'une de leurs nombreuses tentatives d'occuper la lune. Quelques vestiges de leur présence subsistaient, comme cette route d'asphalte aujourd'hui ruinée par le manque d'entretien.


Remonté dans son buggy blindé, Zugrub s'apprêtait à rebrousser chemin en espérant avoir suffisamment de squig-carburant pour rentrer au campement quand un miroitement dans le lointain attira son œil. Mû par la curiosité et puisqu'il n'avait rien de mieux à faire, il mit les gaz et reprit la route du sud.


***


Le reflet qu'il avait vu était celui du soleil sur un millier de carcasses de véhicules cabossés et rouillés enchevêtrés en un gigantesque cimetière mécanique. Certains étaient de fabrication ork, d'autres de fabrication humaine. Beaucoup n'étaient plus que des épaves inutilisables, d'autres semblaient encore en état de rouler malgré leur âge. La plupart étaient des engins de construction ou de transport.


Zugrub fit un rapide tour des lieux, espérant sans trop y croire trouver un bidon de carburant ou un réservoir à siphonner mais le cimetière avait depuis longtemps été pillé de tout ce qui pouvait présenter le moindre intérêt par quelque mekboy. Tout ce qu'il tira de l'épave d'un antique buggy sans roues fut une besace de cuir contenant une unique cartouche rouge de calibre de fusil de guerre usuel. Machinalement, il la mit dans la poche intérieure de sa gabardine.


Un grondement dans le lointain lui fit dresser l'oreille. Un nuage de poussière s'élevait dans le lointain qui se rapprochait. Il attrapa ses belles jumelles de fabrication humaine et les mis au point : deux buggys venaient dans sa direction, l'un poursuivant visiblement l'autre. Une des roues arrières du premier buggy explosa soudain ; l'engin fit une embardée visiblement hors de contrôle, se retourna et fit plusieurs tonneaux avant de s'immobiliser sur le dos. Deux gretchins (des gretchins !) blessés tentaient péniblement de s'en extirper quand deux orks à l'aspect hirsute descendus du second buggy qui s'était arrêté les rejoignirent et entreprirent de les rosser copieusement.


Zugrub ôta sa casquette rouge et se gratta pensivement la tête. Sa chance d'obtenir le squig-carburant qui lui manquait pour rentrer chez lui était peut-être là. Il devait se dépêcher de rejoindre la scène.


Quand il arriva sur les lieux du drame, les orks étaient déjà repartis. Il constata avec dépit qu'ils avaient soigneusement démonté et emporté le réservoir du buggy des gretchins. Visiblement, Zugrub n'était pas le seul dans les environs à connaître un problème d'approvisionnement.


Il consentit en soupirant à s'intéresser aux deux gretchins. L'un était mort mais l'autre gémissait encore de douleur. Zugrub l'attrapa par le col de son vêtement sale et déchiré et le secoua pour lui faire reprendre un semblant de conscience.


"Où c'est que j'peux trouver du carburant dans l'coin ? Tu viens d'où ? C'était qui ces orks ? I'z'en ont du jus eux ?"


Le gretchin râla pitoyablement ; Zugrub s'aperçut qu'il le secouait peut-être un peu trop fort.


"Au… fort… Ramène moi… au fort. On t'donn'ra d'l'essence là-bas…"


Il agitait sa main ensanglantée dans la direction du sud.


La vie d'un gretchin pour un bidon de squig-carburant. Zastrug le Bad Moon appelait cela "l'uflation". Ou "l'inflation". Ou quelque chose dans ce genre.


***


Il fallut à Zugrub près de trois heures de route supplémentaires et tout ce qui lui restait de carburant pour arriver au "fort" : un improbable arrangement de tôles et de poutrelles d'acier d'environ deux cent mètres de côté dont émergeaient des colonnes de métal qui crachaient vers le ciel des torrents de flammes et de fumée huileuse, planté au milieu de nulle part sur le sable orange, à un kilomètre en contrebas de la route.


Zugrub se rappela que le secteur avait été exploité pour son pétrole par les humains. Raffiné et mélangé en proportions calculées au squig-carburant, la boue noire donnait une substance très riche, hautement inflammable et permettant de faire fonctionner les véhicules humains. Les habitants de ce fortin avaient de toutes évidences repris une des installations humaines à leur compte. Quoi qu'il en soit, il était tiré d'affaire.


Il arrêta son buggy à vingt mètres des portes du fort, attrapa le gretchin comme un vulgaire baluchon et sortit en le brandissant en direction des guetteurs – s'apercevant avec stupéfaction qu'ils étaient tous des gretchins. Ceux-ci braquaient sur lui des armes rudimentaires, arcs et flèches ou arbalètes. Certains manœuvraient cependant ce qui semblait bien être de lourds lance-flammes.


"J'vous ramène vot' copain !" lança Zugrub. "I'm'a promis l'plein d'mon bugy pour ça !"


"C't'une ruse !" piailla un des gretchins. "Il est d'la bande à Maglug !"


Le propos vexa profondément Zugrub.


"J'suis d'la bande à personne ! J'suis l'tout puissant seigneur de guerre Zugrub Oomifrind ! R'prenez vot' copain, filez moi mon carburant et c'est tout !"


Les larges portes de métal du fort s'ouvrirent, révélant une horde de gretchins qui traversèrent en un bond la distance qui les séparait de Zugrub. Surpris, le Blood Axe lâcha son paquet et voulu tirer ses pistolets automatiques mais les grots l'entouraient déjà et braquaient leurs arbalètes sur lui. En un clin d'œil, il fut fouillé et dépouillé de ses armes. Un gretchin particulièrement insolent lui soutira même sa boîte de cigares en ricanant. Zugrub bouillait de rage. Se retrouver ainsi à la merci d'une bande de pirates gretchins était bien la chose la plus déshonorante qui pouvait arriver au plus puissant seigneur de guerre de l'univers – lui, Zugrub Oomifrind. Aussi rudimentaires que soient leurs armes grossièrement rafistolées, elles tiraient des carreaux qui semblaient pourtant bien réels et Zugrub n'avait aucune envie de le vérifier.


Il fut poussé sans ménagement à l'intérieur du fort pendant qu'un gretchin montait à bord de son buggy pour le faire rentrer également et que deux autres transportaient leur camarade blessé.


***


Les gretchins inspectaient l'équipement qu'ils avaient prélevé sur Zugrub et son buggy sous l'œil impatient mais résigné de ce dernier, enchaîné par une cheville à une poutrelle d'acier.


"Bon alors i' s'est réveillé vot' copain ?" demandait-il à intervalle régulier. "I' vous a dit qu'on avait un marché ?"


Un gretchin arrivait en essuyant ses mains tâchées de sang sur un chiffon qui avait visiblement surtout servi jusqu'ici à éponger de l'huile de vidange.


"Zekit est mort. Si t'avais un marché 'vec lui, c'est fini. Pis d'ailleurs où est Rubek ?"


Zugrub supposa qu'il parlait du second gretchin du buggy.


"Il était djà mort quand j'les ai trouvés."


"C'est p'têt toi qui les as tué ? Comment on peut savoir ?"


Le ton du gretchin se faisait menaçant. Zugrub percevait instinctivement la présence d'un carreau d'arbalète pointé en permanence sur sa nuque.


"Les r'v'là !" cria soudain un des vigiles perché sur le rempart du fortin. Aussitôt, une agitation indescriptible saisit la foule des gretchins qui couraient en tous sens, attrapaient leurs armes, sautaient sur le rempart. En même temps, le grondement de cinquante moteurs se faisait entendre à l'extérieur accompagné de crissements de pneus et de hurlements déments. Puis soudainement, le silence se fit.


Plus personne ne s'occupait de Zugrub. Le plus discrètement possible et autant que la longueur de la chaîne le lui permettait, il escalada le pylône pour observer ce qui se passait au dehors.


Une cinquantaine de buggys et de motos, certaines munies de side-cars, s'étaient arrêté en désordre devant le fort. Aux commandes se trouvaient des orks à l'apparence affreuse : Crêtes de squig-cheveux multicolores, vêtements de cuirs crasseux, chaînes enroulées autour des tailles et des cous, mitaines et bottes cloutées. Leurs regards exprimaient tous la folie et la soif de violence tandis qu'ils répandaient en grognant sur les tableaux de bord des flots de bave écumante. Certains tenaient des armes à feu mais la plupart n'avaient eux aussi que des armes rudimentaires : arbalètes, lames rouillées, barre d'acier.


Des pirates. Pire, des pirates du Kult de la Vitesse. La honte de la race ork, la plus haïssable, la plus méprisable engeance que le Orkdom ait jamais suscitée.


L'un d'eux qui était visiblement leur chef – un ork énorme et hideux à la gueule difforme et arborant une imposante crête de squig-cheveux violette – s'était dressé sur le toit d'un buggy du premier rang, à cinquante mètres des portes. Se tournant vers un gretchin en particulier qui se tenait sur le rempart, il lança d'une voix forte en balayant les alentours d'un geste de la main.


"Toute c'te région est la propriété de Maglug, le plus puissant seigneur de guerre de l'univers !"


Il parlait de toutes évidences de lui-même. Il poursuivit :


"Alors si vous voulez pas qu'on vous arrache tous les yeux tas d'sales grots, faut déguerpir d'ici et nous laisser vot' essence !"


"T'auras jamais rien Maglug !" cria le gretchin. "On est chez nous et c't'essence elle est à nous ! Si tu la veux tu la payes !"


Les yeux de l'ork fou était devenu minuscules sous l'effet de la colère. Il leva la main, brandissant quatre doigts bien en évidence.


"Trois jours ! On r'viendra dans trois jours ! Si à c'moment là v'z'êtes encore là, on vous tuera tous et on l'prendra d'force vot' jus !"


Il sauta dans son buggy. Les moteurs se rallumèrent dans un grondement de tonnerre et aussi soudainement qu'elle était apparue, la nuée mécanique remonta sur la route pour disparaître à l'horizon dans un déluge de poussière et de fumée.


Zugrub redescendit prestement du pylône. Hélant un gretchin qui passait à côté de lui, il demanda :


"C'est qui c'grot qu'a parlé là-haut ?"


"C'est Gobbla l'Terrib'. C'est not' chef."


Le gretchin fila, laissant Zugrub songeur. Les bandits gretchins d'un côté. Les pirates de la route de l'autre. Et lui au beau milieu. D'une façon ou d'une autre, il allait lui falloir quitter cet endroit rapidement.


***


La nuit était tombée mais le fort était encore très animé. Assis au centre de la place, Gobla discutait avec ses gars.


"Faut qu'on s'sauve d'ici avant trois jours chef ! On a aucune chance !" clama l'un d'eux.


"Moi j'dis qu'faut rester et qu'on va les cuire si i' veulent rentrer !" rétorqua un autre en plantant une lame dans le sol devant lui. "Employons la force !".


"C'est des orks, i' sont trois fois p'us forts qu'nous et range ce couteau tu vas t'blesser imbécile !"


"On peut pas faire confiance à Maglug. Une fois qu'il aura not' essence i' nous poursuivra et i' nous tuera tous. I' veut qu'on parte just' pour avoir not' fort en f'sant des économies d'munitions et d'jus."


Gobbla trancha.


"Alors i' faut qu'on s'sauve sans leur laisser l'moyen d'utiliser la raffinerie."


"Facile à dire chef !"


Un grognement désapprobateur parcourait l'assemblée. Zugrub écoutait attentivement. Son intuition Blood Axe lui murmurait qu'il existait un moyen pour lui de se tirer de ce mauvais pas. Il ne tenait pas à rester enchaîné à ce pylône seul face à la horde de Maglug quand elle reviendrait une fois les grots partis. Il lui fallait saisir sa chance.


"Et faut qu'on puisse emm'ner suffisamment d'essence pour aller très loin," ajouta Gobbla.


"Même en chargeant les buggys jusqu'à la gueule, ça s'ra pas suffisant," répondit sèchement un autre gretchin. "Et pis on s'ra trop lourd pour avancer s'i' nous courent après."


Un sifflement les interrompit. Tous les gretchins se tournèrent vers Zugrub, presque étonnés de le trouver là. Préoccupés de leurs ennuis, ils avaient fini par oublier sa présence.


"A un peu d'route vers le nord, y a truck 'vec une citerne qui vous f'ra l'affaire. J'peux aller vous l'chercher."


Les gretchins se regardèrent avec surprise.


"Pourquoi qu'on f'rait confiance à un ork ?" cracha Gobbla d'un ton agressif. Zugrub ricana.


"Parce qu'z'avez pas l'choix !"


"Pis qu'est-ce tu veux en échange ?"


"J'veux mes armes et mes munitions. Mes cigares. Mon buggy. Avec le plein. Et toute l'essence que j'peux transporter."


Il réfléchit rapidement.


"Et j'veux trente dents."


Il y eut une nouvelle concertation à voix basse entre les gretchins dont Zugrub saisit quelques mots. "I va s'sauver et i'r'viendra pas !" – "Mais nan i' pourra pas." – "N'a rien d'mieux t'façons." Une lueur d'espoir s'était allumée dans les yeux de quelques-uns.


"Bon," fit Gobbla en se redressant. "C'd'accord ! D'quoi t'a b'soin ?"


"Pour ram'ner l'truck, i'm'faudra vingt litres d'mélange et p'têt un peu d'graisse de squig."


***


La petite expédition fut promptement préparée. Eau, provisions de bouche et un jerricane généreusement rempli était ce qu'il aurait à transporter. On lui donna un couteau - ou plus exactement un bout de tôle rouillé découpé en forme de lame - et on lui rendit même un de ses cigares. A la nuit tombée, Zugrub quittait le campement de fortune.


***


Zugrub marcha jour et nuit aussi vite que le lui permettaient ses forces et le poids de son chargement, ne faisant parfois que de très courtes pauses pour dormir et reposer ses jambes endolories par l'effort. N'eut-il été d'une constitution hors normes même pour un ork, l'exploit de couvrir en si peu de temps les deux cent cinquante kilomètres qui séparaient le fort des gretchins du cimetière de véhicules lui eut été impossible.


Arrivé à destination, il inspecta une nouvelle fois les lieux mais cette fois à la recherche d'un engin qui pourrait convenir aux bandits gretchins. Il y avait plusieurs trucks humains dotés de citernes en remorque ; Zugrub opta pour l'un d'eux qui ne semblait pas en trop mauvais et qui avait l'avantage d'avoir été autrefois peint en rouge.


Il vérifia que la batterie était encore en état de lancer le moteur ; par chance il s'agissait d'une antique batterie à l'acide, inusable, dont Zugrub rafistola les bornes au moyen de bouts de métal ramassés ailleurs ; puis que le réservoir n'était pas percé. Il y déversa le contenu du jerricane, remplit le radiateur avec l'eau qu'il lui restait, puis monta s'installer au volant sur le siège de tissu grossier mangé par la vermine du désert. Il lui fallut s'escrimer un quart d'heure durant sur les fils du contacteur avant de réussir à faire démarrer le truck, grognant et se plaignant que Rufgob n'était jamais là quand on avait besoin de lui ; le génial mekboy avec son intuition si sûre du matériel que produisaient les humains et ses doigts plus habiles, aurait accompli la même tâche en moins de dix secondes.


Se calant le plus confortablement possible dans le fauteuil, Zugrub revint sur la route et reprit une fois de plus la route du sud. Il serait au fort avant la nuit ; c'est à dire au moment ou l'ultimatum de Maglug expirait.


***


Arrivé en vue du fort alors que l'après-midi finissait, Zugrub constata que Maglug savait bel et bien compter jusqu'à trois : les pirates étaient revenus et avaient dressé une sorte de campement de fortune à mi-chemin entre la route et le fort. Ils ne semblaient pas décidés à combattre cependant – sans doute attendraient-ils la lumière du matin pour attaquer. Dans tous les cas, Zugrub devrait passer en force pour atteindre les portes du fort en profitant de l'effet de surprise. Il tira son unique cigare, l'alluma calmement, enfonça la pédale de l'accélérateur et quitta la route.


Surprise, il y eut. Les pirates stupéfaits par l'arrivée d'un monstre de métal venu de nulle part les chargeant à pleine vitesse réagirent trop tard. Pendant que certains fouillaient frénétiquement leurs buggys pour en tirer leurs armes, la plupart ne cherchèrent qu'à sauver leur vie en s'écartant du chemin ; ceux qui échouèrent furent impitoyablement écrasés sous les roues gigantesques de la machine conduite par un Zugrub jubilant.


Les gretchins ouvraient les portes du fort. Zugrub enfonça le frein. Les roues se bloquèrent, glissèrent dans le sable alors que le truck passait le seul. Il braqua furieusement le volant pour éviter de percuter le mur qui lui faisait face, semant une pagaille indescriptible parmi les bandits gretchins et parvint enfin à s'arrêter. Les gretchins refermaient déjà les portes. L'opération avait été parfaitement synchronisée ; il fallait reconnaître aux gretchins un sens de l'organisation nettement supérieur à celui de leurs grands cousins.


En bon chef ork, Zugrub ne leur reconnaissait bien entendu absolument rien.


***


Du haut du rempart, Zugrub observait Maglug s'époumoner. Le chef des pirates courrait parmi ses boyz, distribuant les baffes et les insultes pour s'être ainsi laisser surprendre. Il avait l'air réellement cinglé.


Zugrub s'en fichait à présent. Il redescendit et marcha vers Gobbla.


"Ton buggy est là," grogna celui-ci en pointant le pouce en arrière. "Avec tout ton matos à l'intérieur. Le plein et toute l'essence qu'tu peux transporter."


Il ne venait même pas à Zugrub l'idée de mettre à Gobbla la raclée qu'il méritait pour avoir osé l'emprisonner et lui manquer de respect, à lui, Zugrub, le seigneur de guerre le plus puissant de l'univers. Ce niais et tous les bandits imbéciles qui le suivaient seraient de toutes façons morts avant le coucher de soleil suivant. Face à la bande de Maglug, ils n'avaient pas l'ombre d'une chance de s'en tirer vivants.


Ce n'était plus le problème de Zugrub. Lui, retournait finir le travail en cours à Harbektown – ou Harbuktown ? – puis rentrait chez lui. Il tint cependant à se rendre un peu de dignité en bottant vigoureusement le train d'un jeune gretchin à l'air idiot qui passait par là, juste pour être sûr de ne pas leur laisser un bon souvenir.


Il monta dans son buggy, démarra et approcha des portes que les gretchins entrouvrirent, prêts à les refermer aussi vite que possible après son départ. Pas question de retraverser le camp des pirates ; il allait falloir le contourner pour rejoindre la route. Il accéléra brutalement et partit en trombe.


Une fois encore, la surprise était avec lui. Beaucoup de pirates déjà lourdement éméchés par la bière de champignon qu'ils avaient commencé à consommer pour célébrer en avance la victoire sur le fort des gretchins ne prêtèrent même pas attention à lui. Mais Maglug veillait. Le chef des pirates secoua ses boyz les plus proches à grands coups de bottes dans le ventre en hurlant furieusement avant de sauter lui-même dans son buggy, bientôt imité par plusieurs de ses congénères ; quatre engins se lancèrent à la poursuite de Zugrub dans un hurlement mécanique assourdissant.


Le buggy de Zugrub était sur la route. Il s'était bien aperçu qu'il était poursuivi mais n'était pas inquiet. La donne avait changé. Il ramassa un de ses automatiques, vérifia que les gretchins l'avaient chargé et fit jouer le mécanisme d'armement entre ses dents. Un des buggys pirates était à sa hauteur, conduit par un ork hystérique qui poussait des gloussements de joie idiote en donnant de violents coups de volant pour tenter de pousser celui de Zugrub dans le bas côté. Réussissant à grand peine à maintenir le volant de son engin, Zugrub braqua son arme sur la roue avant du buggy du pirate et fit feu. Le pneu éclata. L'instant d'après, le véhicule et son conducteur terminaient leur carrière dans un geyser de feu après une superbe sortie de route agrémentée d'une spectaculaire série de tonneaux.


Déjà un second buggy était à la hauteur de celui de Zugrub. Deux orks étaient à bord cette fois, dont l'un tenait une arbalète. On ne plaisantait plus. Plus rapide, le chef Blood Axe braqua sa propre arme et vida son chargeur au jugé, gardant un œil sur la route. Une poignée de secondes plus tard, ses assaillants avaient rejoint leur prédécesseur à l'état de cadavres calcinés sur le sable.


Il balança l'automatique à présent vide, attrapa le deuxième et l'arma de la même façon que le premier. Il fut soudain projeté en avant. Un des deux derniers buggys l'avait percuté. Deux explosions suivirent et il s'aperçut qu'il perdait le contrôle du buggy. Les pneus arrières avaient éclaté. Il fut percuté à nouveau, tenta de freiner. Le buggy fit un tête-à-queue et s'immobilisa en laissant sur le bitume une longue traîné de gomme chaude et nauséabonde. Avant qu'il n'ait eu le temps de réaliser ce qui s'était passé, une poigne monstrueuse avait agrippé sa gabardine et le tirait hors du véhicule.


"Un ork ! C't'un ork !" hurlait Maglug. "Y a trop longtemps qu'j'ai pas pu désosser un ork ! Y a qu'des gretchins pour rigoler dans c'pays !"


Zugrub avait lâché son automatique dans l'accident. Autant y renoncer. Son poing s'abattit sur la tempe de Maglug qui le lâcha furieux. Zugrub ajouta un violent coup de pied dans le ventre pour faire bon poids mais s'écroula au même moment quand un des pirates qui l'avait pris à revers le frappa à la nuque au moyen d'un lourd gourdin de métal. Sonné, le Blood Axe, ne parvint pas à reprendre ses esprits avant que cinq orks ne commencent à le rouer de coups de poings et de pieds où à l'aide de diverses armes contondantes de fortune. A terre, sans aucun moyen de riposter, Zugrub songea que sa fin était arrivée quand la nuée de coups cessa. Maglug s'accroupit et saisit Zugrub au visage.


"Comment qu'tu t'appelles abruti ?"


Les mâchoires brisées de Zugrub lui faisaient mal. A vrai dire, tout son corps lui faisait mal. Il contempla le faciès hideux de Maglug et ses yeux fous. Puis parvint péniblement à articuler rageusement :


"J'suis… l'tout-puissant chef de guerre… Zugrub Oomifrind. Et … j'te crèv'rai !"


"Zugrub. Ben t'as pas l'air tout-puissant Zugrub. Pis j'crois qu'de nous deux, c'pas moi qui va crever l'premier. J'sais pas d'où tu viens mais ça m'a fait plaisir d'te trouver ici. C'est plus rigolo d'casser les côtes d'un gros qui résiste. Les gretchins i'm'amusent p'us."


Il se redressa et lança à l'intention de ses gars :


"J'vous l'laisse. Oubliez pas de me ram'ner ses dents."


Maglug fit un rapide détour par le buggy de Zugrub, constatant avec dépit qu'il ne présentait plus aucun intérêt ; l'essieu arrière avait cassé durant l'accident. Il prit tout de même la peine d'y prélever tout ce qui présentait de l'intérêt – jerricanes, armes, jumelles et cigares - puis remonta dans le sien et repartit.


Les quatre assaillants gloussants et ricanants de Zugrub l'immobilisèrent en s'asseyant vulgairement sur ses bras et ses jambes et profitèrent de l'occasion pour lui asséner quelques coups supplémentaires. L'un d'eux lui écarta les mâchoires de force tandis qu'un autre ses saisissait d'une lourde paire de pinces rouillée.


"Y en a pour une fortune là-d'dans !"jubila-t-il.


Zugrub glapit de douleur quand le dingue arracha sa canine. Un flot de sang inonda sa bouche. Déjà la pince y faisait de nouveau intrusion, enserrant la dent voisine. Il glapit à nouveau en se contorsionnant, tentant de se dégager de l'étreinte de ses geôliers mais en vain.


"T'inquiètes pas, t'auras pas b'soin d'te faire à manger que d'la soupe de squig puisqu' just' après, on va t'buter. On pourrait t'buter avant mais ce s'ra pas rigolo si tu bouges p'us. Ah ah ! Ouah ah ah !"


L'esprit de Zugrub s'embrumait. La fatigue des derniers jours, les coups innombrables qu'il avait reçus, la chaleur du sang dans sa gorge, les gloussements de délire des quatre cinglés qui le tenaient, la brûlure de l'asphalte sur son dos, se mélangeaient en une confusion de douleurs vagues et de plus en plus lointaines. Il était en train de perdre connaissance. Le contact de la pince sur sa langue pour la troisième fois le réveilla brutalement.


"Les dents d'gretch, ça vaut rien, c'gars là c'est la fortune qui vient toute seule vers nous, ouah ah !"


Avec l'énergie du désespoir, Zugrub mordit. Stupéfait, l'ork qui tenait ses mâchoires écartées eut un instant les doigts écrasés sous leur pression. Hurlant de douleur, il se releva en massant ses phalanges endolories, libérant la main gauche de Zugrub qui s'abattit sur le crâne de son tortionnaire avec une telle force que ce dernier roula à terre, sonné par le choc. Sa main droite était libre également


Les deux derniers orks s'étaient redressé, comprenant qu'il fallait reprendre le combat mais sûrs de le gagner à nouveau au vu de l'état pitoyable de Zugrub. En un bond, Zugrub fut debout. L'un des pirates se jeta sur lui pour être accueilli d'un coup de botte dans la rotule gauche qui le fit trébucher. Zugrub ne revint s'occuper de lui en lui écrasant les reins à coups de poings qu'après avoir fait subir un sort similaire au suivant. Le premier pirate qui se remettait encore mal de la morsure de Zugrub n'opposa qu'une résistance très formelle avant que le Blood Axe ne le fasse chuter pour lui briser les vertèbres cervicales sur son genou.


Le grondement d'un moteur fit sursauter Zugrub. Le dernier ork, celui qui lui avait arraché deux dents s'était réveillé et fuyait le combat à bord du dernier buggy utilisable. Zugrub s'élança mais trop tard. L'engin démarra en trombe, lui crachant un flot de fumée noire au visage.


***


Il n'avait parcouru qu'une dizaine de kilomètres depuis le fort mais il lui fallut quatre heures pour les parcourir en sens inverse, moitié boitillant et claudiquant, moitié rampant dans les ténèbres. Il parvint à atteindre la porte de fer sans être repéré par les boyz de Maglug et y frapper faiblement. Quatre gretchins équipés de flambeaux et qui l'avaient vu arriver depuis le rempart le transportèrent jusque dans un coin de la place où on l'assit. Alerté, Gobbla arrivait.


"Pourquoi qu't'es rev'nu ici ?" demanda-t-il hargneusement.


"J'avais nulle part où aller imbécile," fit sèchement Zugrub. Le gretchin impertinent le fatiguait.


"Fallait chercher ailleurs. Au l'ver du jour, on fout tous le camp d'ici et on t'emmène pas ; tu nous serviras à rien si t'es pas en état d'te batt'. T'façons on emmèn' pas un ork 'vec nous !"


Zugrub constata effectivement que les préparatifs du départ allaient bon train à la lumière des torches. Un flot de gretchins s'activaient sur le camion, soudant des plaques de blindage sur son radiateur, recouvrant le capot d'une couche de peinture rouge fraîche et remplissant la citerne de carburant tandis que d'autres faisaient le plein des buggys – il y en avait une trentaine - ou vérifiaient les arbalètes lourdes et les lance-flammes montés en tourelles sur ceux-ci.


Gobbla avait raison. Les gretchins n'avaient aucune raison de se préoccuper de Zugrub. Il ne fallait pas attendre d'eux qu'ils lui fournissent gracieusement un buggy et lui n'avait plus rien à leur offrir. Cette fois c'était peut-être vraiment la fin.


"Bon," fit Gobbla. "Qui conduit l'camion ?"


Le silence se fit. Quelques courageux candidats levèrent la main.


"C'est moi qui l'conduirait vot' camion," lança Zugrub. "Jusqu'où vous voudrez."


Gobbla renifla de mépris.


"Comment qu'tu veux faire ? T'es à moitié mort ! T'en s'ras pas capab'. Pis pourquoi qu'on t'le laisserait ?"


"Parce qu'z'avez pas l'choix. Il a été fait par des zoms. Aucun d'vous est assez grand pour atteind' les pédales. Ah ah !"


Le rire de Zugrub s'étouffa dans un hoquet de douleur et une violente quinte de toux. Il cracha du sang.


"M'dites pas qu'v'z'y aviez pas pensé," grogna-t-il en guise de conclusion.


"Qu'est-ce tu veux en échange ?" demanda Gobbla.


"J'veux un buggy. Avec le plein. Et toute l'essence que j'peux transporter."


Il réfléchit rapidement.


"Et j'veux trente dents."


***


Le soleil allait se lever d'un instant à l'autre. Quelques premiers signes d'activité étaient visibles dans le camp des pirates. Quant au fort, il était en effervescence mais les gretchins tentaient de faire le moins de bruit possible pour ne pas éveiller les soupçons de Maglug sur les derniers préparatifs.


Le plan était simple. Zugrub foncerait vers la route suivis par quinze buggys armés. Les buggys restant partiraient vers l'est dans l'espoir qu'une partie des pillards les poursuivraient et feraient ainsi diversion.


Ce qui inquiétait Zugrub était que la faible pente qui menait à la route était cette fois à prendre dans le sens de la montée. Il allait avoir un kilomètre à parcourir à portée de tir des pirates, sans élan initial et au volant d'un truck qui pesait maintenant près de cent tonnes supplémentaires.


Des gretchins s'étaient occupé de panser ses plaies mais il avait probablement plusieurs fractures ou articulations déboîtées et il souffrait encore fortement. Il monta dans la cabine du truck et le fit démarrer. Avant de refermer la portière, il héla Gobbla qui partait rejoindre son propre buggy.


"Oubliez pas." Il frappa rageusement sa poitrine du bout du pouce. "Maglug, il est pour moi !"


Les portes s'ouvrirent. Trente moteurs s'allumèrent. Zugrub enclencha la première vitesse et écrasa l'accélérateur. Quand il arriva au niveau des premiers rangs des pirates, il y jeta un coup d'œil rapide mais ne vit Maglug nulle part. Où le cinglé avait-il pu aller et pourquoi ? Zugrub n'avait pas le temps de s'en préoccuper. Sa vitesse était encore beaucoup trop faible et l'effet de surprise ne jouait pas autant en sa faveur que lors de ses précédentes incursions. Déjà les brutes patibulaires bondissaient au volant de leurs engins et saisissaient leurs arbalètes en comprenant la nature du chargement.


"Y en a qui s'sauvent par là-bas !" hurla un ork en pointant le doigt vers l'est.


"L'fort est à nous !" exulta un deuxième.


Zugrub jouait de l'accélérateur en surveillant avec dépit le compteur de vitesse. Le moteur peinait et ahanait en émettant un grondement sourd sous la charge. Regardant dans le rétroviseur brisé, il vit que le plan avait fonctionné : la bande des pirates se scindait en trois groupes, l'un les poursuivant lui et son escorte, le second se lançant aux trousses des gretchins partis vers l'est et le troisième – le plus important bien sûr car appâté par le gain – se précipitait à l'intérieur du baraquement et de sa raffinerie désormais sans défense.


Ils touchèrent leur récompense alors que Zugrub atteignait la route et que les mèches des bâtons de dynamite soigneusement disposés achevaient de se consumer. L'explosion titanesque des réservoirs de mélange et de squig-carburant pur pulvérisa le fort, expédiant des débris de métal tordus et incandescents à des centaines de mètres d'altitude.


La stupeur dans le camp des pirates se mua rapidement en une rage sans borne quand ils comprirent que le truck de Zugrub devenait dès lors la seule réserve de carburant restante. Alors que l'escorte des gretchins avaient pris de l'avance, les premiers buggys pirates avaient déjà rejoint l'arrière de la citerne. L'un d'eux était presque à la hauteur de la cabine quand, enfin, un rugissement mécanique salvateur monta du large capot du truck. Le moteur poussif entrait enfin en sur-régime. Zugrub, passa à la vitesse supérieure, enfonça à nouveau l'accélérateur et reprit quelques mètres d'avance. Les pirates avaient raté leur chance de le stopper. Mais la course poursuite ne faisait que commencer et regardant dans son rétroviseur, Zugrub constata qu'il ne voyait toujours la crête de squig-cheveux violette de Maglug nulle part. Une quinzaine de buggys faits de bric et de broc le suivaient, à égalité avec les gretchins de l'escorte. Ceux-ci ralentissaient leur allure pour laisser Zugrub les dépasser et engager le combat.


Un premier engin pirate fut mis hors d'état de nuire en quelques secondes quand un torrent de feu lui fut délivré par un gretchin juché sur la tourelle d'un buggy, carbonisant ses occupants et mettant le feu au moteur. Le petit peau-verte n'eut pas le temps de crier victoire avant qu'un carreau d'arbalète vengeur ne lui traverse la cage thoracique. Sur la gauche de Zugrub, un gretchin au volant de son rapide entra en collision avec celui d'un pirate, partant avec lui finir sa vie dans un infernal amas de métal broyé et de tôle pliée. Sur sa droite, un autre buggy gretchin devint soudain hors de contrôle quand un carreau bien ajusté tua net son pilote. Zugrub changea une nouvelle fois de vitesse, le pied au plancher. Si les grots ne pouvaient faire meilleure figure, il lui serait difficile de faire la différence.


Zugrub sursauta de stupéfaction en percevant un mouvement à l'intérieur de la cabine ; le gretchin à l'air idiot de la veille s'extirpait de sous le siège du passager où il s'était caché.


"Qu'est-ce tu fous là ?" brailla Zugrub. "Qui c'est qui t'a autorisé à monter là-d'dans ? J'vais t'balancer dehors !"


Pour toute réponse, le grot tira de sa poche un petit objet brun et le tendit à Zugrub. Un cigare ! Un de ses cigares que l'autre avait probablement chipé la veille dans sa boite. Zugrub l'attrapa, tira ses allumettes de sa poche et l'alluma triomphalement.


Dans son rétroviseur de gauche, un autre buggy gretchin quittait la route, enchaînant les tonneaux. Il n'y avait plus personne pour couvrir Zugrub de ce côté. Trois pirates entassés dans un buggy s'engouffrèrent dans la brèche. D'un brutal coup de volant, Zugrub les heurta de la roue arrière du truck, envoyer le piteux équipage valdinguer dans les dunes. Les scélérats furent immédiatement remplacés par trois de leurs congénères qui tentèrent la même tactique avec plus de succès quand l'un d'eux parvint à sauter sur le pallier arrière, à portée de main de l'attache de la citerne.


Le truck était maintenant lancé à cent vingt kilomètres par heure et Zugrub accélérait encore. Si le fou détachait la citerne, le résultat serait imprévisible. L'accord avec Gobbla ne tiendrait certainement plus. Si seulement Zugrub avait eut une arme ! Tout ce que les gretchins lui avaient fourni était une arbalète de poing et un unique carreau. C'était peut-être le moment de s'en servir. Il attrapa brutalement le gretchin à ses côtés et lui posa de force les mains sur le volant.


"Tiens ça !"


D'un coup de coude, il fit exploser la vitre de la portière et se pencha à l'extérieur. L'ork qui avait sauté sur le truck peinait encore à y grimper complètement : ses jambes étaient encore visibles, battant l'air pour tenter de conserver l'équilibre tandis que l'engin zigzaguait sur la route. Zugrub ajusta grossièrement et pressa la détente. Le carreau ne causa qu'une éraflure sur la jambe de l'ork mais sous la surprise, celui-ci lâcha totalement prise et tomba pour périr écrasé sous la roue arrière du truck et les six roues de la citerne. Zugrub rentra la tête dans la cabine alors qu'une flèche passait en sifflant à quelques centimètres de son oreille.


"Où t'as appris à conduire ?" gronda-t-il à l'attention du gretchin et le repoussant sans ménagement pour reprendre le contrôle du camion.


Une explosion retentit sur sa droite alors qu'un buggy pirate supplémentaire était la victime d'un nouveau tir de lance-flammes. Malgré cette maigre victoire, il fallait se rendre à l'évidence : les gretchins ne faisaient pas le poids et étaient de plus en plus en infériorité numérique.


Un choc violent propulsa soudain Zugrub contre le volant ; le gretchin piailla quand sa tempe heurta le tableau de bord. Qu'est-ce qui avait pu causer un tel choc ? Certainement pas un véhicule léger. Zugrub regarda dans le rétroviseur et hoqueta de stupeur.


Maglug était revenu. A bord d'un truck de même tonnage qui venait de percuter rageusement le pare-chocs arrière de la citerne. Inspiré par l'attaque de Zugrub la veille, il avait compris l'intérêt que présentait un tel engin pour transporter le carburant qu'encore à ce moment là, il avait l'intention de voler. Le pirate ne pouvait évidemment pas se contenter d'une seule citerne. Lui aussi devait connaître l'existence du cimetière et était allé se servir comme l'avait fait Zugrub. Là était l'explication de sa disparition durant la nuit. A vide, plus léger, il avait sans peine comblé le retard sur sa proie après être repassé devant le fort et compris quels événements s'y était produits. Il n'avait eut ensuite qu'à suivre les épaves qui balisaient le bord de la route pour savoir dans quelle direction Zugrub était parti. Dans le rétroviseur, Zugrub pouvait apercevoir les yeux jaunes emplis de démence sous la crête violette de la brute vociférante.


Le camion de Maglug se déporta sur la droite remontant la longueur de celui de Zugrub. Arrivé à hauteur de sa cabine, il se pencha sur sa gauche pour hurler en direction du Blood Axe.


"Tu m'plais Zugrub ! T'es increvab' ! Ben on va voir qui c'est l'p'us fort d'nous deux ! L'premier qui tourne le volant est un trouillard ! Ouah ah ! OUAH AH AH AAAAH !"


Maglug accéléra encore, dépassant Zugrub, et s'éloignant rapidement au loin. Qu'est-ce que le dément avait l'intention de faire ? Lui tendre une embuscade plus loin ? Lui barrer la route ? Il lui fallait la citerne intacte. Zugrub n'avait de toutes façons pas le temps de s'en préoccuper. Un side-car s'était approché par sa gauche et un pirate bondit sur la portière, hurlant et bavant, un fusil à canon scié dans la main. Zugrub plongea sur le côté quand le coup partit, faisant éclater la vitre de la cabine qui devint opaque en se transformant en un superbe puzzle de plasverre. Le malfrat en profita pour tenter de s'introduire dans la cabine par la fenêtre, mordant furieusement l'avant-bras du chef Blood Axe qui grogna de douleur avant de gratifier son assaillant d'une vigoureuse série de coups de poings. Il saisit la main du pirate qui tenait le fusil et la broya sous son étreinte, l'obligeant à lâcher prise puis conclut l'empoignade par une nouvelle série de coups de poings et de coudes qui projetèrent l'ork sur le side-car dont il était venu. Le pilote de la moto – Zugrub eut le temps de reconnaître le cinglé qui lui avait arraché deux dents la veille – tenta un écart et rata sa manœuvre, bien aidé en cela par Zugrub qui venait de donner un nouveau coup de volant dans sa direction. Le petit véhicule fut happé sous les roues du monstre d'acier pour être proprement pulvérisé avec ses occupants sous la masse de la citerne.


"Traitement spécial pour toi," ricana Zugrub. Il jeta son mégot par la fenêtre. "Tiens, fume ça, ça t'aid'ra à digérer la soupe de squig".


De quelques coups de poings, il acheva de briser et de décoller la vitre pour retrouver la visibilité de la route. Il avait une arme ! Le fusil à canon scié prélevé sur son assaillant.


Mais pas de munitions.


Le convoi infernal avait quitté le fort depuis maintenant plus de trente minutes. Autour du truck, ce n'était que crissements de pneus, vociférations, cris de douleurs ou d'agonie quand un gretchin ou un pirate tombait sous un carreau d'arbalète, chocs de l'acier sur l'acier dans de spectaculaires pluies d'étincelles brûlantes. Mais le combat tournait court faute de combattants dans le camp gretchin.


Cinq buggys pirates poursuivaient encore Zugrub pour autant qu'il puisse en juger. Il ne lui restait peut-être qu'à défendre chèrement sa vie. Quelque chose lui revint soudain en mémoire. Il posa le fusil sur le tableau de bord devant lui. Fouillant dans sa gabardine, il tira la cartouche rouge trouvée au milieu des épaves. Un hurlement le fit sursauter en même temps qu'il ressentit une douleur atroce vriller son bras gauche. Un ork venait de sauter sur la portière, dans une troisième tentative de lui arracher les commandes et de planter une lame dans son épaule. Sous la force du coup, Zugrub lâcha la cartouche qui rebondit avant d'aller se coincer dans un trou de rouille entre le capot et la partie supérieure du radiateur, deux mètres devant lui.


Zugrub se débarrassa de son nouvel opposant en lui brisant les phalanges d'une main sur le rebord de la fenêtre et en lui mordant furieusement l'autre, le repoussant sur le bitume où il fut immédiatement écrasé par ses propres congénères. Il arracha douloureusement la lame de son épaule puis tendit le doigt vers la cartouche qu'il n'avait aucune chance d'atteindre sans quitter le volant.


"Va la chercher !" fit-il à l'intention du gretchin.


Le petit peau-verte se hissa sur le tableau de bord, étudia attentivement l'emplacement du capot où était coincée la cartouche puis se tourna vers Zugrub en faisant "non" de la tête.


"VA CHERCHER CETTE FOUTUE CARTOUCHE !" Zugrub attrapa le gretchin par la nuque et le projeta en avant. Le misérable s'écrasa sur le capot, glissa et parvint in extremis à ne pas tomber en s'appuyant sur le garde boue cyclopéen du truck. Il remonta sur le capot et rampa laborieusement en direction du précieux projectile.


Ce que vit alors Zugrub le sidéra. Le truck de Maglug était réapparu à l'horizon. D'abord un simple point lumineux au loin qui grossissait rapidement, fonçant à pleine vitesse droit sur Zugrub.


"RAMENE CETTE CARTOUCHE !"


Le gretchin la tenait enfin. Au même moment, un side-car arrivait à la hauteur du capot, sur la droite cette fois. Le passager bondit sur le garde-boue et attrapa en hurlant la main du gretchin, se régalant visiblement de la terreur de la petite créature qui se débattait en gémissant. Zugrub plongea en avant, lui attrapa la jambe, puis donna un brusque coup de volant sur la droite. Le pirate fut écrasé entre la roue du truck et le side-car qui sous le choc, partit constituer une épave de plus sur le sable du désert.


Le truck de Maglug approchait à grande vitesse. Il était moins lourd donc moins inerte mais plus rapide. Zugrub évalua quelle distance lui serait nécessaire pour l'éviter. Elle était évidemment plus grande que pour son adversaire. A cette vitesse, une collision frontale ne pourrait que réduire les deux géants de la route à l'état d'amas informe d'acier plié ou de ce qu'il en resterait après l'explosion du carburant que Zugrub transportait.


"L'premier qui tourne le volant est un froussard, hein ?"


Il ramena sans ménagement le gretchin à l'intérieur de la cabine et lui jeta le fusil.


"CHARGE !"


Le gretchin avait compris. De ses doigts agiles, il ouvrit la chambre, en retira le précédent locataire, le remplaça et arma avant de remettre le tout à Zugrub.


"Accroche-toi."


Il n'avait absolument aucune intention de devenir la risée du Orkdom en laissant un cinglé comme Maglug le faire plier dans un tel duel de volonté, encore moins de renoncer aux deux dents que le pirate lui devait. Les deux engins se rapprochaient, maintenant à un kilomètre l'un de l'autre, lancés à des vitesses affolantes.


Zugrub serra le volant de sa main droite tournée vers son plexus, autant que le lui permettaient ses articulations douloureuses. Cinq cent mètres. De la main gauche, il saisit fermement le fusil. Quatre cent mètres. A cette distance, il lui semblait voir les yeux fous hypnotisés par la vitesse de Maglug.


A trois cent mètres, Zugrub braqua le volant vers la droite, lui faisant faire autant de tours qu'il le pouvait sans prendre le risque de faire subir un tête-à-queue à la citerne. Puis redressa. L'instant d'après, il était face à Maglug.


Durant l'infime fraction de seconde durant laquelle il se croisèrent, Zugrub vit le chef des pirates, sa crête violette, ses yeux jaunes, sa gueule infecte vomissant des torrents de bave tandis qu'il barrissait comme toute une horde de squiggoths.


"J'AI GAGNE ! J'SUIS L'P'US FORT ! T'ES QU'UN TROUILLARD ZUGRUB ! J'AI GA…"


Ce que vit Maglug dans la même infime fraction de seconde fut la bouche noire du fusil à canon scié et le flash de lumière qui en émergea juste avant que l'agglomérat de billes de fer et de plomb ne traverse sa gorge, projetant indistinctement sur le fond de la cabine de son truck flot de sang, miettes de vertèbres et hachis de moelle épinière.


Le truck du défunt percuta de plein fouet la dernière roue arrière de la citerne chargée. Zugrub s'accrocha au volant de toutes ses forces puis perdit tout contrôle sur la direction de son propre véhicule qui plongea vers le sable.


***


"Chef ! V'z'êtes rev'nus ! Ben qu'est-ce qu'vous est arrivé ? V'z'êtes tout cramé…"


Zugrub balaya d'un geste agacé les questions de Fester.


"Qu'est-ce qui s'est passé ici ?"


Les boyz de la bande semblait en piteux état. Leurs vêtements étaient déchirés, leurs visages étaient cabossés et couverts de plaies.


"J'peux pas partir deux jours sans qu'ça soit la pagaille quand j'reviens !" explosa-t-il. "Ils en sont où en face ?"


Fester, Zastrug et Grabbit se regardèrent, réalisant soudainement que, absorbés par leur lutte pour la suprématie dans laquelle leurs boyz respectifs les avaient naturellement suivis, ils en avaient totalement oublié le vrai combat contre les Evil Sunz de Harbektown – ou était-ce Harbuktown ?


"Pendant qu'v'z'étiez pas là, Zastrug a dit qu'il était l'chef parce qu'z'étiez mort ! Faut une punition exemplaire !" cria Supur.


"Menteur !" protesta l'intéressé. "P'tit morveux ! C'est Grabbit qui voulait êt' le chef et c'est moi qui vous ai brav'ment défendu chef !"


Vu le piteux état général de la bande des Bad Moonz, il semblait n'avoir qu'à demi réussi.


"Le boy goff c'est d'la qualité !" ricana Grabbit sarcastique. Il se tourna vers Zugrub. "Pis c'est vrai qu'c'est moi l'chef maint'nant qu'v'z'êtes mort, faut leur dire aux aut' chef !"


"Pourquoi qu'ce s'rait toi le chef et pas moi ?" s'étrangla Fester.


"Pasqu' des vrais Bad Moonz s'laiss'ront pas diriger par un Blood Axe !" lança un boy Bad Moon.


"D'puis quand les sales richards Bad Moons valent mieux ?" demanda un goff. "On va leur fout' sur la gueule aux rupins !"


En un clin d'œil, les lieux redevinrent le théâtre d'une empoignade indescriptible. Les boyz de chaque bande s'écharpaient dans une mêlée générale aux proportions grandissantes à mesure que d'autres venaient participer. "Attendez-moi ! Attendez-moi !" suppliait un Blood Axe en bondissant dans le maelström pour attraper un Goff au hasard et le bourrer de coups.


Rufgob arrivait.


"Ou t'étais passé ?" demanda Zastrug surpris. "On t'croyait mort toi aussi."


"I' m'est arrivé une histoire incroyab', vous d'vin'rez jamais. Mon buggy a explosé, j'sais pas comment j'ai fait pour m'en sortir. Après y a un Evil Sun qui m'a attaqué. Pis j'ai du m'planquer. J'ai voulu r'sortir la nuit mais y en avait partout. Alors j'ai du attend' planqué pendant des jours, jusqu'à c'qu'i' finissent par s'en aller, pour vous r'joind'. J'ai bien cru qu'z'allaient avoir ma peau ou qu'j'allais crever d'faim."


"Incroyab' ton histoire," fit pensivement Zugrub en allumant un cigare que Zastrug venait de lui tendre. Il inspira longuement. "Bon ! Ben j'parie dix dents sur les Blood Axes."


"Tenu !" rugit Grabbit.


"Dix dents sur les Bad Moonz," enchaîna Zastrug.


"Je suis et je monte de cinq sur les Bad Moonz," fit Supur.


Zugrub fouillait sa bourse pour évaluer combien de dents il avait extirpé de la mâchoire de Maglug. "Vingt dents sur les Blood Axes. Pourquoi tu mises sur les Bad Moonz toi ?"


"J'trouv qu'les aut' ont pas assez d'style."


"Vingt sur les Blood Axes aussi !" lança Rufgob qui entrait dans la partie.


"Vingt… Vingt… Vingt-cinq sur les goffs !" clama Grabbit au terme d'un lourd effort de concentration et en recomptant ses doigts.


"Sont pas beaux à voir les miens comme ça," fit Zastrug, "mais 'gad' le p'tit nerveux là, comme il en veut ! Trente dents sur les Bad Moonz !"


"Bon alors écoutez bien les gars," coupa Zugrub, "j'vous fait l'tout à cinquante dents, cinquante ! Sur les Blood Axes ! Cinquante dents j'vous emballe le tout ! Tenu ?"


"TENU !!"


Ben, elle est très bien cette nouvelle... Du rythme, du suspense et un happy end quoiqu'on n'ait pas d’information sur l'idylle avec la hache énergétique.


Je tiens toutefois à préciser que le plus puissant seigneur de guerre ork de l'univers est Dakazog Duffzog, Bad Moon de son état. Mais bon, tu ne pouvais pas savoir.


Patatovitch


Venant de relire ta nouvelle, je sais enfin où ils se sont inspiré pour faire "MAD MAX II" ;-)


Heu, on me souffle dans l'oreillette que ce serait plutôt le contraire ...


Ben en tous cas, c'est une très bonne idée. Quasiment tous les détails y sont.

Pas encore lu la nouvelle. Je vais l'imprimer pour se faire, question de confort. Néanmoins, j'aimerai en savoir d'avantage sur ce fameux (fumeux ?) CD de pop thaïlandaise : kezako ???
membres.lycos.fr/Demonblade/Miaoudring

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