La bataille décisive, mythe ou réalité historique ?

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Je suis assez partisan de suivre l'option 1 de Cyrus sur la définition de ce qu'est une bataille décisive. On peut aussi citer la bataille d'Otumba (Cortes et ses 500 hommes contre 40000 Aztèques !) qui a précipité la chute de Mexico et de l'Empire Aztèque. Dans le genre décisif, elle se pose là.

Et selon moi il faut aussi distinguer la bataille décisive "tactico-stratégique" de la bataille décisive "politique" dont le parfait exemple est la bataille de Poitiers qui marque moins l'arrêt de l'expansion musulmane que son exploitation par Charles Martel pour établir les Francs comme peuple dominant et la dynastie des Carolingiens.

L'Histoire abonde de conflits où les participants se sont pris des tannées monumentales pour mieux se relever quelques années plus tard, tandis que les victoires pérennes assurant des gains monumentaux (en termes de territoire ou de paix) se font plus rares comme dit Cyrus.

Les guerres pré-napoléoniennes sont un exemple parfait où l'on cherchait plus justement cette "bataille décisive" qui permettait de casser définitivement le moral de l'armée adverse, souvent par un mouvement auquel l'adversaire ne pouvait répondre, sans forcément passer par son annihilation (les batailles du Maréchal de Saxe ou de Malborough pour ne citer qu'eux, illustrent ce point) et un nombre de guerres plus ou moins importantes entre 1500 et 1800 se sont terminées lorsque les caisses de l'un des belligérants se sont vidées avant son adversaire...
Pour soutenir ce que dit l'orangiste, je me souviens avoir lu que Napoléon changeait la donne puisque son objectif premier était d'amener l'ennemi à une "bataille décisive" afin d'éradiquer ses forces et le priver de moyens de combattre. Malgré cela, peut-on dire qu'Austerlitz a été une bataille décisive ? Sur le plan immédiat, oui, les Austro-Russes sont hors-circuit mais deux ans seulement pour les Russes qui remettent ça avec Eylau et Friedland (premières grosses boucheries de l'époque), puis encore cinq ans plus tard avec la campagne de Russie, quatre ans pour les Autrichiens (Aspern-Essling démonte le mythe d'invincibilité des Français et Wagram, sur le plan tactique, n'est pas une victoire si brillante que ça (sur le plan stratégique par contre, les Autrichiens sont incapables de se reformer et de constituer une force d'opposition)). Est-ce un gain suffisant pour parler de bataille décisive en fonction du contexte et des pertes en hommes incomparables pour l'époque ? De même, Leipzig (en plus des conséquences de la retraite de Russie et de la Guerre d'Espagne ; pas batailles mais définitivement "facteurs" décisifs, mais c'est une autre discussion), met en morceaux l'armée française et abat son réseau d'alliances. Napoléon bataillera pourtant encore pied à pied pendant un an après cela.
Pour moi, les seules batailles "véritablement" décisives de cette époque sont Trafalgar et Waterloo (et ça me coûte d'écrire ça...) : la première stratégiquement parce qu'elle confine Napoléon au théâtre européen et grâce au recul historique nous savons que la mise en place et l'absence du maintien du blocus continental (qu'une marine en état aurait pu aider) et la liberté de mouvement de l'Angleterre (pas seulement au niveau de la Navy mais surtout de leurs capitaux) est à l'origine de la chute du Premier Empire ; la seconde car elle étouffe les aspirations militaires françaises pour un moment jusqu'aux prétentions du Second Empire quarante ans plus tard (je ne compte pas l'expédition d'Espagne de 1823 comme un sursaut militaire).

En fait, il faudrait presque parler d'inéluctabilité plutôt que de décision : les forces sont à même de résister et de continuer à se battre, mais passé une certaine bataille cela ne fait que retarder l'inéluctable.
Je pense qu'on trouve plus d'exemples de batailles de ce type lors de l'histoire moderne qu'ailleurs. Conséquence de la modernisation et de l'industrialisation de la guerre, m'est avis.

Sinon, on peut aussi prendre en compte le théâtre d'opérations en compte, non ? La bataille des Champs Catalauniques, par exemple, on peut la prendre comme bataille décisive pour les peuples occupant le territoire maintenant correspondant à la France et la Belgique, mais ça n'a pas empêché Attila de se retourner contre l'Italie et ravager le nord du pays l'année suivante avant de mourir lors de sa nuit de noces...

On pourrait enfin considérer, en poussant un peu le bouchon (Maurice), qu'historiquement parlant une bataille décisive peut aussi se juger par son impact et ses conséquences sur l'un des deux camps. Par exemple :

- Cannes (Carthage vs Rome) : les Romains sont annihilés par Hannibal, la terreur se saisit de Rome avec l'ennemi à leurs portes, clairement une menace telle qu'ils n'en connaitront plus jusqu'à Attila. Pourtant le système romain se met en branle avec plus d'efficacité que jamais et ils remontent de zéro plusieurs légions qui permettront, entre autres facteurs, de dissuader Hannibal d'attaquer Rome. Au-delà de l'adaptation de leur tactique militaire, leur défaite a catalysé un sentiment "national" qui les conduira à rayer Carthage de la carte une bonne fois pour toutes et mettre en oeuvre leur domination de l'espace méditérranéen (bon, j'admets, j'extrapole probablement un chouïa).

- Iena - Auerstadt (Premier Empire vs Prusse) : en un seul double affrontement, la Prusse qui se targuait d'une tradition militaire sans faille héritée de Frédéric le Grand se retrouve atomisée par une armée française aux tactiques et stratégies si différentes (le mot de Murat après sa poursuite quelques semaines plus tard, paraphrasant Corneille : "le combat cessa faute de combattants" est révélateur de cette débacle). Beaucoup d'historiens se mettent d'accord pour dire que cette "défaite décisive" a été un électrochoc pour les Prussiens qui ont complètement réformé leur armée et leurs tactiques pour s'adapter à cette nouvelle façon de faire la guerre et ont fait d'eux des acteurs principaux de la défaite finale de Napoléon.

- Isandhlwana (Zoulous vs Britanniques) : la réalisation qu'une force "moderne et civilisée" pouvait être défaite par des "sauvages" a choqué l'opinion européenne (et surtout Britannique), ces derniers revenant en force pour soumettre les indigènes et administrer les territoires conquis plus sévèrement, tandis que lesdits indigènes pensaient avoir remporté une victoire décisive qui les mettaient à l'abri de l'envahisseur. Comme quoi...

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RE: La bataille décisive, mythe ou réalité historique ? - par Paps - 15-10-2018, 15:09
RE: Cruel Seas (Warlord Games) - par FAM - 13-10-2018, 20:27
RE: Cruel Seas (Warlord Games) - par Joss - 13-10-2018, 20:43
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RE: Cruel Seas (Warlord Games) - par Cyrus33 - 14-10-2018, 09:37
RE: Cruel Seas (Warlord Games) - par Alias - 14-10-2018, 11:32