Je ne dis pas das letztmöglich krieg, la bataille ultime. Je dis que de Kislev à Altdorf il n'y a pas 3000 bornes et que la dernière offensive septentrionale a fait jaser dans les chaumières. Tout le monde est au courant qu'il vaut mieux faire batir dans le sud de l'Empire que dans le nord, c'est pas nouveau et ça se confirme assez régulièrement.
Nonobstant, quand on voit que de mêmes ptits gars sont capables de traverser des océans, dormir dans un cercle de feu anti-moustiques, se chicorer avec des sauriens qui marchent, tout ça pour deux-trois piècettes piquées à des obèses qui croassent, j'ai du mal à croire qu'il n'y a pas quelques chasseurs d'ours qui se la jouent corones tiléennes quand l'hiver recule, histoire d'aller fourguer leurs peaux à ceux de Norsca ; tout le monde n'a pas le pied marin. Ces gaillards en font de même à l'est contre les peaux-vertes, au sud contre les deux-fois-nés, et à côtés de chez eux dès que le cuissot brame un peu trop près de la ferme.
J'veux dire : il y a quand même dans l'Empire quelques dizaines de milliers de bons gars qui conservent les valeurs traditionnelles du lebensraum ; la rive droite du Reik est encore impériale.
J'ajoute aussi que c'est quand même très beaucoup calme côté élections, que le Karl-Franz a quand même l'oignon bordé de pastas vu la paix sociale qui règne dans ses provinces. A la limite, 'reusement qu'Archaon vient de temps en temps lui redonner le rôle central et qu'on en profite pour faire prendre l'air aux crocs runiques, histoire d'en perdre un ou deux. Du temps de Magnus, ce n'était pas aussi simple. Ah, il en a rêvé, de son lit, le Magnus, à courir ainsi de combat en combat. Magnus le pieu.
Si le nom est resté, je dis que l'héritage est bien bas, tout près de la carpette.
En clair, vu de la taverne qui borde les universités d'Altdorf, il y a dans l'Empire comme une quiétude qui coule le long de la colonne vertébrale façon vinaigre glacé. Et si on sent son aigreur d'aussi loin, c'est quand même que le problème n'est pas réglé, que l'espoir n'est pas revenu. Or, on ne fait rien sans espoir, surtout pas une gross europa de Kislev à Bordeleau qui en jette, y compris aux bridés (qui vont bien finir par s'éveiller, et rouler du milieu vers les bords).
J'ai une vieille tante dans le sud-est. Je dirais pas exactement où parce que je ne voudrais pas qu'il lui arrive du mal à cause des murs, sensibles, de cet estaminet, mais c'est près des mottes, de ceux qu'habitent dans les mottes. Et ben moi je dis qu'on ferait bien d'annoncer le printemps de Praag, aller venger un peu tout ça, même si c'est juste pour créer un nouveau comté au-dessus de Kislev. Oh, un comté pas trop grand, mais pas trop petit non plus (sinon on serait obligé de l'abandonner aux kislévites, déjà que certaines brises les ont frotté de bien près. Si, faut avouer). Civiliser quelques tribus kurgans, quoi, rouvrir une route du saumon jusqu'à Norsca.
Ce ne changerait pas l'inéluctable fluffique, si inéluctable il doit y avoir.
Mais le saumon serait fumé et les ambitieux occupés ailleurs.
Déjà, ce serait toujours ça. Et puis ce pourrait permettre de contourner les nains du chaos par le nord, rejoindre ainsi très rapidement les frontières de Cathay, et d'en ramener des vers à d'autres, voire même des vers à soi. Marco Lacoste, pourtant né près de la mer, est bien parvenu à faire l'aller-retour par cette route.
Et puis une bonne croisade de temps en temps, ça purge les ambitions de certains provinciaux qui, habitant près de chez ma tante et qui n'ont donc eu que le temps de voir ça de loin, pensent que Valten n'est pas apparu que pour préserver Charles-François d'aller au casse-pipes lui-même (comme par hasard).
'gardez les bretonniens : ils se croisent assez souvent, m'a-ton dit. Bon, ça dope pas leur artisanat d'armement comme ce pourrait le faire chez nous, mais, côté province, on ne peut que constater la bonne tenue de la maison bretonne. Pas un peigne-cul qui refuse d'aller au combat pour peu qu'il n'ait pas le surplis bicolore de son comté. Ne souriez pas, le burgmeister Salzbitte a subi ce refus régimentaire pour un simple retard de teinturier. Même s'ils en sont encore au vin rouge, la Dame du Lac est plus respectée que Sigmar, de nos jours.
Et avouez : qu'une branche du Mootland, les gatling, immigrée à Nuln, équipe désormais nos escorteurs, c'est peut-être signe d'intégration mais ça le fait moyen. Et des pattes mécaniques aux chevaux... J'ai vu le bourgmestre Bentz l'autre jour : il m'a dit qu'il entrainait les siens à boire de la naphte, et qu'un jour deux d'entre eux suffiraient ainsi à porter une calèche sans roue, avec une capote rabattable ! Le peuple même pourrait s'y transporter, der wagen, il disait, der volkwagen !
Et pourquoi pas une kaiserïn pendant qu'on y est, une femme au pouvoir !
Me demandez pas pourquoi de la naphte, Bentz n'y voit comme inconvénient que de s'étendre en Arabie. Mais ça prouve bien qu'il n'y a pas que moi qui ressent le besoin vital d'expansion, de mouvement. Regardez autour de nous, il n'y a que l'Empire qui ne cherche plus à bouger ses frontières.
Il est peut-être suicidaire d'aller chasser le Chaos de ses avancées septentrionales, mais au moins ce suicide fait l'homme impérial, sinon l'homme tout court. Et je n'ai pas peur de le dire ici, dans cette taverne, quoi même finalement qu'il en coûte à ma tante.
