Il me semble que la mort au moyen age, était déjà létale. Peut être même était-ce le cas avant...
La mort au Moyen Age (Et avant?)
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Citation :On mourrait "souvent", alors qu'aujourd'hui la mort est devenue l exceptionnel, Ah bon? Je croyais qu'on mourrait tous moi.... Donc logiquement, on meure autant (voire plus, vu qu'on est quand même 'achement plus nombreux) qu'au Moyen Age, mais pas aux mêmes âges.... Par contre, aujourd'hui, de la mort comme de la vieillesse, on ne veut pas entendre parler, on les cache plus ou moins, c'est un sujet qu'on évite. Et encore une fois, faut-il voir les choses par le petit bout de la lorgnette en ne considérant que l'Occident (qui représente quand même pas énormément niveau population) ou en regardant l'humanité dans son entier. Ceci dit il me semble que la question de Sceptik porte d'avantage sur la violence (et la mort violente donc) que sur le rapport à la mort en général. Et une chose qu'il faut toujours souligner quand on parle du "Moyen Age": on parle d'une période qui va de (arbitrairement parce que bien sûr ces dates sont des repères historiographiques mais n'ont aucune réalité historique) de 475 (chute de l'Empire romain d'Occident) à 1453 (chute de l'empire romain d'Orient,) ou 1492 (découverte de l'Amérique). 1000 ans quoi..... il faut donc toujours bien garder à l'esprit que dire "au Moyen Age c'était comme ça", ça ne veut pas dire grand chose: les réalités sociales, politiques, économiques, n'étaient pas les mêmes en 550, en 850, en 1150 ou en 1350. Comme la plupart (98% au bas mot) des JDR med fan prennent leur inspiration dans le très bas Moyen Age (XVème) voire la Renaissance, voir même avec des éléments du XVIIIème/XIXème (souvent dans les illustrations ou dans certaines descriptions (architecturales ou sociales notamment dès qu'il est question de noblesse ou d'aristocratie) on a clairement des éléments modernes dans un contexte qui se veut médiéval, et je pense que dans 99% des cas, c'est involontaire). Donc prenons la période du Bas Moyen Age.... Et clairement, c'est celle qui a laissé cette image très sombre du MA, avec une situation qui peut se résumer par la maxime "a fame, a peste, a bello, libera nos domine" (de la faim, de la peste, de la guerre, libère nous seigneur). C'est le Moyen Age des films et de la culture populaire: la peste a selon les estimations les plus pessimistes, tué plus d'un européen sur 2, la guerre de cent ans, non content d'être très meurtrière, longue, voit une remise en cause totale des valeurs et des repères sociaux du Moyen Age, et renforce encore les deux autres fléaux que sont la peste et la famine (les trois s'entretenant mutuellement: qui dit guerre dit famine et exode, qui dit exode et famine dit renforcement des épidémie, qui dit situation aussi merdique dit troubles et guerres). La guerre de Cent Ans voit l'emploi massif de mercenaires, surnommés les "écorcheurs" qui se nourrissent sur le pays, et commettent des exactions abominables (viol, tortures, massacres, tout le tralala). Certaines campagnes sont mises en coupe rélgée (et la guerre a affecté la plupart des régions du royaume de France de l'époque, mais en particulier celles qui étaient contestées entre Valois et Plantagenêts: massif central, Normandie, globalement le centre de la France). Alors certes, contrairement à l'antiquité, l'Eglise avait imposé ses valeurs à toute l'Europe et notamment le fameux "tu ne tueras point". Mais plus que la mort elle-même, c'est le rapport à la violence qui était je pense assez différent du nôtre. Jusqu'à la fin de la période moderne, les minutes des divers procès et affaires de campagnes dépeignent une société ou la violence est endémique et fréquente. Bien après le Moyen Age, en pleine période des lumières l'affaire de la "bête du Gévaudan" semble refléter surtout une société paysanne assez violente, ou les vendettas entres familles et villages sont monnaies courantes. Dans une société qui n'a pas nos moyens technologiques et de déplacements (dans la plupart des régions, les villages ne sont reliés que par des chemins creux qui permettent à peine à deux charettes de se croiser: on a du mal aujourd'hui, à l'époque du GPS, des autoroutes et de Google Map, à imaginer un monde où on se déplace à pied, où on a ni cartes, ni boussoles, ni téléphones, ni moteurs d'aucune sorte, et de tout ce que ça implique sur les rapports entre les gens et les structures sociales), le brigandage est fréquent et bien plus aisé à pratiquer (ce qui explique aussi pourquoi les châtiments sont aussi durs). Jusqu'au XIXème encore, quand rébellion il y a, les gars n'y vont pas avec le dos de la cuillère: les révoltes et émeutes, que ce soit les Jacqueries du XIVème siècle ou les révolutions du XIXème, ce sont de véritables mini guerre, on est loin du gilet jaune qui va bloquer un rond point pendant une semaine ou même du Black Bloc qui va aller casser trois vitrines que ça en offusque tout le pays. Une révolte d'une corporation de forgerons à Paris au XIVème a vu les agents de l'Etat Royal se faire éclater le crâne sur des enclumes à coup de marteaux (et lesdits forgerons ont pris très très cher quand les troupes royales sont venues les mettre au pas).... 'fin bref, ça avait pas l'air de déranger réellement beaucoup de monde d'aller zigouiller son prochain quand on jugeait qu'il y avait une couille dans le potage (c'est à dire que les intérêts d'un groupe ou d'un personnage étaient remis en question, la société féodale étant une mosaïque d'intérêts particuliers, de privilèges (et pas seulement ceux de la noblesse, chaque corporation, ville, guilde, communauté villageoise ayant ses propres privilèges et intérêts). D'où l'idée d'une République unie, centralisée et égalitariste par la suite. Si on parle des puissants, des nobles quoi (mais pas que.... ), on a là affaire à une aristocratie dont les valeurs sont les lointains descendants de cultures germaniques guerrières qui mettent en avant la bravoure, l'honneur guerrier et tout le toutim. Afin de canaliser cette violence, l'église tente d'enrober tout ça de belles valeurs: il en résulte l'idéal chevaleresque où il s'agit de mettre son épée au service des faibles, des innocents, des dames (avec un gros détournement du truc dans la tradition des troubadours loin d'être aussi chaste qu'on ne le pense), de respecter son adversaire, de se battre d'une façon qu'on qualifierait de "fair play" aujourd'hui. Mais on constate que de l'apparition de ces valeurs (XIIème siècle principalement) jusqu'à ce qu'elles disparaissent (fin XVIème/ début XVIIème avec la mise au pas progressif de la noblesse par l'Etat royal et la généralisation des armes à feu qui permettent de moins en moins d'aller faire le kéké au milieu du champ de bataille), on constate que ça servait surtout à enrober des pratiques violentes et à justifier tout et n'importe quoi. Lorsque la guerre de Cent Ans éclate et que globalement tout se met à se barrer en couille en France alors qu'on sortait d'un siècle de relative paix et prospérité, certains grands nobles (Robert d'Artois, Charles le mauvais, Edouard III Plantagenêt) n'hésitent pas, pour de vague droit de succession sur certains fief (voir le royaume entier dans le cas d'Edouard, même si c'était plus un prétexte qu'autre chose) à foutre à feu et à sang des régions entières sans aucun égard pour les populations, employant des mercenaires sans foi ni loi sans état d'âme. Et si on se respectait à peu près entre nobles (et encore, seulement s'il n'y avait pas d'urgence: à Azincourt, les anglais, qui croyaient leurs arrières menacés, n'ont pas hésiter à massacrer froidement tout leur prisonnier, parmis lesquels le gratin de la noblesse française de l'époque, dont des princes de sang (des nobles apparentés à la maison royale), ceci dit c'était quand même exceptionnel et dans ce cas là ça a choqué toute l'Europe), c'était aboluement sans pitié pour la rôture ou même les petits nobles et chevaliers qui ne pouvaient pas payer de rançons. La justice était également extrêmement violente: les châtiments et suplices pouvaient être immondes (la justice française a continué à rouer des gens en place publique jusqu'à l'aube de la Révolution et "la question" faisait partie intégrante de la procédure judiciaire) et c'étaient des spectacles courus par le tout venant: les gens avaient l'habitude et appréciaient même de voir couler le sang et d'assister à des souffrances inimaginables infligés à quelques quidam. Les mouvements de foules pouvaient être extrêmement violents: début XVIIème, à Paris, Louis XIII fait assassiner par le capitaine de sa garde Contini, ministre dirigeant le pays et âme damné de sa mère, et haï de la population: son corps a été donné en pâture à la population..... ainsi que sa femme et ses filles.... je vous passe les détails, mais il y aurait eu des cas de nécrophagie dans les rues de Paris (beaucoup d'autres italiens ayant fait les frais de la haine anti Contini à ce moment. Donc l'idée de tuer était beaucoup moins étrangère dans l'esprit de la majorité des gens qu'à notre époque ça ne fait aucun doute. Maintenant y a quand même deux trois nuances à apporter, parce qu'on reste quand même là dans un cliché du Moyen Age sombre, horrible et invivable: - La peste et la famine affectaient le gros de la population et c'était alors la merde, on mourrait beaucoup.... mais tout le Moyen Age n'étais pas concerné. Avant le XIVème et la "Grande Peste" qui a été une des pires pandémies ayant jamais eu lieu en Europe, la dernière épidémie de peste remontait au VIIème siècle.... donc oui, le gros du Moyen Age n'a pas connu la peste (bon, d'autres trucs, oui, certainement). Certaines périodes ont été particulièrement prospères, comme le XIIIème siècle au point où jusqu'à la Révolution, on rêvait de "revenir au bon temps du roi Saint Louis". d'ailleurs, le climat au MA était plutôt clément, et si il pouvait régulièrement y avoir des disettes (notamment du à la guerre), il était rare (mais ça arrivait quand même hein) d'avoir des méga famines.... en tous cas pas de celles qui ont frappé le royaume de Louis XIV quelques siècles plus tard qui ont fait des milllions de morts (on était en plein dans le "petit âge glaciaire"). - La violence était certes endémique et courante, mais il faut se rappeler qu'on est dans un monde où quand le roi de France rassemble une armée d'environ 50 000 hommes à Crécy, c'est quasiment du jamais vu (ça l'empêchera pas de se faire étriller bien comme il faut). Sauf qu'une armée de 50 000 péquins (plus les cantinières, les prostitués (voire les familles), les colporteurs divers et variés....etc), sans radar, sans cartes, majoritairement à pied, ça ne ravage pas des pays entiers comme dans une guerre moderne: même dans les pires moments de la guerre de cent ans, on est loin de ce qu'a pu être, niveau violences et destructions le front de l'est en 39/45 ou la guerre des tranchées en 14/18 qui ont littéralement rayé des territoires entiers de la carte, et ce quasiement de façon permanente. C'est pourquoi d'ailleurs la guerre au Moyen Age prend la forme de chevauchées: deux armées ont toutes les peines du monde à se croiser, du coup, on assiège et on prend les places fortes de l'adversaire et on crame la campagne histoire de lui couper les vivre. Mais sur un territoire comme la France, où les autoroutes de l'époque ressemblent à peine à nos pistes contemporaines, une armée de quelques milliers d'hommes ne peut pas ratisser l'ensemble des campagnes et villages, et nul doute que beaucoup de paysans du XIVème/XVème n'ont jamais vu le moindre homme d'arme ennemi de leur existence. - Cette violence endémique de la société médiévale s'explique aussi par la forte volonté d'indépendance de la plupart des communautés: on ne tolérait pas une autorité centrale forte, et les moyens de communications faisaient qu'on vivait avant tout à l'échelle locale: on était gascon, auvergnat, limousin, normand, breton.... les repères pouvaient être encore plus locaux que ça. On se méfiait du pouvoir central, ou même d'un noble un peu trop puissant, et on n'admettait pas la moindre remise en question de ses privilèges ou de l'autonomie de sa région, voire de sa communauté. Quand Henri II plantagenêt hérite par mariage de l'Aquitaine, c'est le début de révoltes incessantes de toutes les couches de la société contre cette tutelle de très grands nobles qui régnaient par ailleurs sur l'Angleterre, la Normandie et l'Anjou et ce jusqu'à la mort de Richard coeur de Lion, tué d'un carreau d'arbalète à Châlus en Limousin alors qu'il assiégeait un petit château appartenant au vicomte de Limoges qui n'avaient pas arrêté de se révolter depuis des décennies. En outre, la majorité des gens au Moyen Age 90% de la population, sont des paysans qui vivent en quasi autarcie et qui en dehors des nobles et ecclesiastiques locaux (et pendant longtemps, la limite entre nobles et non nobles est plus que floue.... l'image du riche seigneur dans son château qui festoie pendant que des paysans maladif cultivent ses champs, c'est certes un reflet d'une certaine réalité, mais c'est très carricatural) n'ont que peu de comptes à rendre à un pouvoir lointain et inconnu (encore une fois, quand on se déplace à pieds, quelques dizaines de km et c'est le bout du monde, même si les populations se déplaçaient beaucoup plus qu'on ne le pense, notamment dans le cadre de travaux saisonniers). Tout ça pour dire que je pense que la plupart des gens du MA (si on excepte les serfs et encore) sont très attachés à une forme d'autonomie et d'indépendance, notamment à l'échelle locale, et étaient prêts à la défendre corps et âme (et de fait, les soumissions s'imposent la plupart du temps par la force). Personnellement, mon opinion est que paix et liberté réelle ne vont pas de pair: la paix passe par la pacification et le contrôle de la société, choses qui n'ont pu se faire petit à petit et surtout grâce aux moyens technologiques modernes.... mais on peut se demander, même si je suis très content de vivre dans la paix, si on a pas perdu quelque chose en route (notamment du fait que l'usage de la force est devenu un droit régalien réservé à l'Etat.... et que quand il se lâche, c'est une débauche de violence hallucinante qui survient comme dans les deux guerres mondiales et totales du XXème siècle). - Quatrième nuance enfin: les valeurs de l'Eglise et du Christianisme avaient quand même imprégné la société, et la peur de l'enfer notamment devait quand même en faire un peu cogiter certains (même si encore une fois, on voit que ça n'arrête finalement pas grand monde et qu'on a souvent affaire aux pires exactions). Putain, me suis lâché.... merci à ceux qui auront le courage de me lire. Citation :Putain, me suis lâché.... merci à ceux qui auront le courage de me lire. Aaaahhhhh c'était bien ! J'avais lu des trucs sur ce sujet là mais là c'est bien resumé ! Juste les 50000 français a crécy chui pas sur, ils avaient tendance a exagéré a l'epoque ? (14-12-2019, 17:14)def5900 a écrit : ils avaient tendance a exagéré a l'epoque ? Naaaaaan, pas du tout, c'était des parangons de rigueur scientifique et d'intégrité, les chroniqueurs médiévaux . Genre, t'as cinq cavaliers arabes paumés du côté de Poitiers, et ça finit en invasion avec comme enjeu ni plus ni moins que la survie de l'Occident chrétien.Plus sérieusement, 50 000 soldats du côté français, c'est un chiffre que l'on retrouve un peu partout mais comme beaucoup de batailles avant que l'armée royale soit à peu près correctement organisée donc plutôt fin du Moyen-Age / début de la Renaissance et encore... avant la mise ne place de la conscription... c'est très difficile d'avoir un comptage précis et les chiffres des chroniqueurs et témoins sont "gonflés" pour faire ressortir la puissance du roi ou celle de l'ennemi si tu t'es fait marcher sur la gueule ou bien juste par effet littéraire. (13-12-2019, 21:59)Egill a écrit : Mais plus que la mort elle-même, c'est le rapport à la violence qui était je pense assez différent du nôtre.Farpaitement. La mort n'est qu'une conséquence, souvent attendue et entendue puisque plus proche dans leurs têtes que dans les nostres, mais la violence est la base du truc, oui. Du coup, à rajouter dans les facteurs aggravants, la qualité de vie : nous par exemple on peut se contenter de pitous qui prêtent pas à conséquence comme exutoire mais quand tu en as achtement gros sur la patate, c'est pas forcément des petits soldats que tu tapes ou tue. Sans tomber dans les clichés trotro dark du moyen âge fantasmé, quand la violence est plus commune et que tu as des épées de madame ocles comme une guerre, une famine ou une pandémie au dessus de la goule... being, ça fait du bien d'être dans la foule à effet ou de battre comme plâtre le mec du patelin voisin qui t'emmerde (et s'il faut sortir le coutil pour qu'il comprenne...). On retombe sur les pattes d'Egill (crac) qui évoque la violence quotidienne des petites gens un peu plus bas dans son texte. Tieng, à retomber dans les références culturelles à con qui illustrent, la guerre des boutons, s'il ne se passe pas en période médiévale, est déjà assez éloigné de nous. De mémoire dans le bouquin, les gamins qui se frittent parfois assez fort, c'est déjà par mimétisme puisque je crois me souvenir que les adultes des deux villages se "rencontrent" lors d'une foire ou dans une taberge (les deux ?) et que ça finit salement. le squat en tout cas avec les échéances de ce mois-ci, c'est le bon moment pour poser la question Citation :Genre, t'as cinq cavaliers arabes paumés du côté de Poitiers, et ça finit en invasion avec comme enjeu ni plus ni moins que la survie de l'Occident chrétien. Alors si il est tout à fait exact que les chroniqueurs médiévaux étaient totalement partiaux voir de véritables propagandistes avant l'heure, il faut également prendre garde à tout ce qui a trait au "roman national", et qui est souvent issu d'interprétations orientées qui ne remontent qu'au XIXème siècle. A cette époque, le socle qui légitime le pouvoir n'est plus la religion (avant, le roi était "lieutenant de Dieu sur Terre" donc hop c'est bon, on en parle plus), et il faut en trouver un nouveau, et celui qu'on trouve, c'est la nation. Et la nation, il faut lui trouver une légitimité, si possible qui s'enracine dans l'Histoire la plus lointaine. Et c'est pourquoi on a ces "mythes" nationaux qui passent notamment par les grandes batailles (Alésia, Poitiers, Bouvines....etc) et personnages (Vercingétorix, Clovis, Saint Louis....etc). Pour Poitiers, c'est typiquement le cas: une grosse baston (entre l'escarmouche et la bataille en règle on va dire) contre un raid de "sarrazins" qui étaient monnaie courante à l'époque devient un événement fondateur où les Francs repoussèrent les envahisseurs. Et avec le climat qui règne actuellement dans notre pays, c'est tout à fait le genre de cadavres qu'on a tendance en ce moment à sortir du placard. Pour l'ensemble du Moyen Age et de sa légende noire, ça participe aussi du même principe: il a fallu, à un moment, se distinguer de cette époque. Ca a commencé dès la Renaissance, qui se voulait être une résurgence de l'antiquité complètement fantasmée, face à une période sombre et obscurantiste où l'Eglise de Rome était dit-on toute puissante (la Renaissance, c'est la période de la Réforme et des guerres de religion...). Et le clou est enfoncé à la période contemporaine avec la Révolution et les guerres incessantes contre les voisins allemands: le Moyen Age est d'abord associé à l'Ancien Régime et aux monarques d'origine germanique, avec son art "gothique" (terme inventé à cette époque pour le dénigrer) qui s'oppose aux lumières de la civilisation romaine méditerranéenne ou de la démocratie athénienne (en opposition à la barbarie germanique, violente et tyrannique). Ce genre de récupérations a connu ses grandes heures à partir de la guerre de 1870, puis en 14/18 et en 39/45. Mais elles sont restées dans l'imaginaire populaire, puisqu'elles étaient notamment transmises par l'école républicaine qui ne se préoccupait pas tant d'objectivité à l'époque (pas forcément non plus aujourd'hui, mais y a quand même un mieux). L'Histoire, qui est apparue en tant que discipline (dans son incarnation moderne) justement au XVIIIème et surtout XIXème siècle, justement à l'époque où les Etat-nations, concept tout nouveau et tout frais qui remplaçaient la religion comme socle légitimant le pouvoir, est une arme politique redoutable, et souvent, beaucoup de choses sont encore aujourd'hui communément admises dans la culture populaire (et plus généralement dans la culture générale de la plupart d'entre nous) alors qu'elles sont surtout issues d'arrières pensées politiques et nationalistes. Pour revenir sur notre sujet (parce que c'était le but): toutes les périodes sont violentes. La violence fait malheureusement partie de l'humain civilisé. L'antiquité fut extrêmement brutale (la conquête de la Méditérannée par Rome est une des période, sinon LA période proportionnellement aux moyens et aux populations, la plus brutale et violente de l'Histoire (on estime que vivaient une dizaine de millions d'individus en Gaule au moment où César arrive, et on estime que la guerre des Gaules a causé la mort, l'esclavage ou le handicap de deux à quatre millions d'entre eux, c'est juste colossal...). La fameuse Renaissance avec ses guerres de religions et sa chasse aux sorcières (parce que oui, les bûchers, l'Inquisition et ses procès, c'est bien d'avantage la période moderne (XVIème et XVIIème surtout mais c'est allé jusqu'au XIXème siècle dans certains pays....) que le Moyen Age). Et je ne parle pas de la période contemporaine avec ses guerres industrielles et totales qui ont atteint des niveaux de destruction sans précédent. Et même à notre époque, si nous avons la chance d'être parmi les premières générations à ne jamais avoir connu la guerre (mais on sent que ça en démange pas mal d'aller chercher des noises au voisin), en dehors de cette tour d'ivoire bien fragile où on se drappe dans de belles valeurs alors que ça repose sur pas mal de violence que l'on commet indirectement à l'extérieur, le monde est pas joli joli à regarder du point de vue de la violence et de ce qu'on peut faire subir à notre prochain: j'ai pas l'impression qu'aujourd'hui comme hier, ça dérange vraiment beaucoup de gens d'aller infliger des souffrances inimaginables à des populations entières, ou de flinguer sans état d'âme un quidam, ou plus insidieusement de l'exploiter plus ou moins indirectement sans aucun état d'âme pour lui, juste pour un petit tas de billets verts. Penser le passé comme une période nécessairement plus sombre, violente et brutale que la nôtre, ça m'apparaît dangereux dans la mesure où ça nous permet de ne pas nous regarder dans un miroir et de voir que finalement, même si aujourd'hui on fait semblant dans une poignée de pays d'essayer de vivre en bonne intelligence avec nos voisins, on a en fait délégué la violence à une autre échelle. Donc pour tenter à nouveau de répondre à la question initiale: Citation :Est-ce que l'on pouvait plus facilement tuer si l'on jugeait une causse bonne? Oui, mais pas plus au Moyen Age qu'à toutes les autres périodes y compris la nôtre. C'est au nom des "bonnes causes" qu'on a commis les pires horreurs. Faut juste garder à l'esprit que les quidams moyens des pays occidentaux que nous sommes ne sont pas représentatifs (et même dans ces pays occidentaux, on trouve une violence extrême, même sans cause pour la légitimer, comme dans le crime organisé type mafias et autres). Et encore est-ce parce qu'on est maintenus dans une sorte de létargie: supprimons le confort plus ou moins relatif dans lequel vivent beaucoup d'Occidentaux, et à mon avis ça va pas être joli joli à voir (qu'un pays aussi raffiné et ayant pondus des esprits aussi brillants qu'Einstein, Plank et bien d'autres ait pu aboutir au nazisme donne une petite idée de jusqu'où ça peut aller). Je remet dix balles dans le lourrin à propos de 40K? Parce que pour moi c'est un des propos et thème principaux de cet univers. donc dans un JDR, le rapport au fait de tuer des persos va avant tout dépendre de leur contexte et de leur origine.
Ce post devrait être épinglé tellement qu'il est intéressant ! Egil et vous autres, vos posts, pavés sont excellents ! Dans cette catégorie, en livres vous avez les éditions ouest France. Leurs livres sur le moyen âge sont excellents.
Merci beaucoup pour vos réponses. Et merci beaucoup Egill. Tu amènes pleins de précisions super intéressante, c'est vraiment chouette que tu prennes le temps d'écrire des pavé qui sont un plaisir à lire.
Je ne sais pas trop sur quoi rebondir, tu, et vous, avez amenez beaucoup de choses. C'est un savoir que tu as par passion, Egill, ou c'est ton boulot? Ce qui peut être les deux, du coup.
Merci Egil et les autres participants pour vos réponses passionnantes
.La Queue et Egil y ont fait allusion à la perception contemporaine de la mort. Effectivement, elle est cachée, on préfère dissimuler les mourants afin de ne surtout ne pas être confronté à la finitude de son existence. J'ai travaillé quelques mois en soins palliatifs (cancéro et maladies neurologiques chroniques) et y suis revenu il y a quelques semaines, observations éparses sur le sujet : - Les gens (proches et les soignants, aussi, très souvent) ont souvent des représentations de la mort très biaisée, vraiment influencée par la manière dont elle est donnée à voir dans les productions hollywoodiennes où pouf ! la personne décède d'un coup d'un seul sur son lit d'hôpital, non sans avoir eu le temps de faire ses adieux. Dans la réalité, sauf accidents traumatiques graves, les gens mettent longtemps à mourir, plusieurs jours voire plusieurs mois la plupart du temps. Tout dépend bien de la pathologie dont souffre la personne. La métaphore d'une flamme qui vacille petit à petit avant de s'éteindre est plutôt appropriée. D'où des remarques du type 'rho, ça commence à faire long là, vous pourriez pas pousser un coup sur la seringue électrique pour que mamie parte plus vite ?!!?!!' Rigolez pas, j'y ai eu droit pas plus tard que mardi dernier . On trouve aussi anormal que les personnes décèdent, y compris dans un hôpital et même chez des personnes très âgées (nonagénaires et plus). Dans l'hosto où je travaille (environ 650 lits), il y a en moyenne un décès par jour. Quand tu donnes le chiffre, il y aura souvent une réaction catastrophée...alors que c'est plutôt faible par rapport à la moyenne nationale .- La plupart des personnes meurent seules à l'hôpital actuellement alors qu'il y a encore quelques décennies, les anciens décédaient à domicile en présence de leurs proches. Ce sont d'ailleurs eux qui faisaient la toilette mortuaire (de nos jours la toilette avant le départ du service est toujours effectuée par un IDE et une AS sauf indications particulière de la famille). La mort était donc plus proche et les représentations du décès plus justes, je dirais. Typiquement quand on discute avec des personnes qui ont 50-70 ans, ils ont quasi-toujours vus au moins une personne morte dans leur enfance (présentation du corps). De nos jours, bien rares sont les enfants auxquels c'est arrivé (sauf dans certaines confessions). - Si vous vous égarez dans un hosto et que vos pas vous portent par mégarde en soins palliatifs (peu probable, ils sont devenus rares et le plus souvent ces services sont localisés sur des sites 'à part'), vous constaterez peut-être que le personnel a tendance à parler à voix basse, comme dans une chapelle. On peut observer cette pratique aussi dans certains USC (Unité de Soins Continues, là où se trouve les patients pour lesquels le pronostic vital est engagé).
@"Sceptik le sloucheur" : Ta question ce n'est pas plutôt
"Quel est le rapport au crime?" |













. Genre, t'as cinq cavaliers arabes paumés du côté de Poitiers, et ça finit en invasion avec comme enjeu ni plus ni moins que la survie de l'Occident chrétien.







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